GALERIE VIRTUELLE sur RAPSODIE  N°16


    Du côté du Numérique
L'esthétique de la permutation
Les pièges du photo-réalisme
Quelques artistes précurseurs
L'interactivité 
Du côté pédagogique

 

Introduction

   Cet ultime numéro de La B@LISE se devait d'aborder, après la présentation des ouvres multimédia de TOM DRAHOS,  les différentes formes d'expression plastique qui ont au moins comme point commun de recourir à l'ordinateur. Les vocables aussi nombreux qu'imprécis ne manquent pas pour les désigner : computer art, art cybernétique, art technologique ou techno-art, art électronique, art informatique, art des technologies de l'information et de la communication, art virtuel, infographie 2d, 3d, art de la simulation, nouvelles images , technimages, multimédia, art numérique, du Net, du Web, des réseaux, Technologies de l'Information, de la Communication et de la Création etc. (1) Cette diversité de termes traduit déjà un certain embarras à définir un champ artistique unitaire, bien délimité. Le médium suffirait-il d'ailleurs à caractériser un espace d'expression ou à engendrer ipso facto un art spécifique ? Et qu'en est-il de cet ébranlement du site de l'art contemporain dont parle Anne Cauquelin ? (2)
   Les appréciations concernant cet art aux contours mal définis (art que nous nommerons Numérique par commodité) manquent pourtant, bien souvent, de nuances. Entre l'indifférence hautaine des uns (3) et l'engouement (juvénile ou opportuniste parfois) des autres, la défiance nourrie de confuses craintes domine souvent (4). Sans lien avec la réalité physique, l'ordinateur serait inconciliable avec la création artistique en évacuant sans appel le travail du corps sur un matériau  (5). Pour d'autres c'est notre conception même du corps qu'il conviendrait de revoir. La notion de corps englobe aujourd'hui d'innombrables prothèses qui ne sont plus seulement mécaniques. Avec le génie-génétique, les TIC, ces nouvelles prothèses changent aussi la nature du corps. L'ordinateur ne serait pas un simple outil de plus mais un véritable prolongement de notre système nerveux, participant de l'homme augmenté. Augmenté en tant qu'individu et aussi socialement comme agent de nouveaux réseaux, membre de nouvelles communautés. 
   Si les sceptiques conçoivent volontiers que toute technique façonne la perception de ceux qui la mettent en ouvre pour agir sur le monde, ils sont loin d'admettre aussi facilement que la technologie puisse changer l'art, peu enclins à examiner l'interfaçage homme-machine, à déplacer les frontières entre l'intelligence et le sensible, la vie et le modèle mathématique, l'art et la technologie.
   Aux dogmatiques qui prétendirent, dans les années vingt, qu'il ne pouvait exister de peintres surréalistes, la maîtrise technique de leur art, le "métier", leur interdisant l'automatisme psychique, Breton se contenta de répliquer en nommant les peintres qu'il considérait comme d'authentiques surréalistes : Dali, Ernst et Tanguy. Gardons nous de tout jugement qui ne résulterait pas de l'examen (empathique ?) des productions. Les pages qui suivent ne visent qu'à indiquer quelques pistes d'exploration, quelques adresses pour débuter un tel examen. 
   Cette entreprise ne peut prétendre à une quelconque vue d'ensemble. Des domaines entiers ne sont même pas abordés ici (comme les jeux-vidéo par exemple). Plus que jamais une mutualisation des savoirs, un partage de la veille technologique et de la création artistique en rapport avec ces TICC, des échanges d'analyse et des débats critiques s'imposent face à la croissance exponentielle des informations en question (sur le Web notamment), face aussi à leur validité, leur volatilité, ou leur manipulation.

(1)
Définition de l'art électronique donnée par la New Media encyclopedia, http://www.newmedia-arts.org/francais/glossaire.htm (site réalisé par plusieurs grands musées et institutions d'art européens dont le MNAM, l'AFAA, la commission européenne) :
" L'art électronique est un art qui fait appel à des technologies dites avancées, telles que l'informatique, le laser, la vidéo, l'holographie et certains moyens de communication. Le laser est utilisé dans le Light Art. Sa première utilisation artistique date de 1965. Sa première exposition a lieu en 1969 au Cincinnati Art Museum (Laser Light - A New Visual Art). L'une des qualités du faisceau laser est la concentration de sa lumière qui lui évite tout étalement dans l'espace. Le compositeur Iannis Xenakis utilise le laser dans Diatope, oeuvre présentée à Paris, au Centre Georges Pompidou, en 1978. Le faisceau laser est également à la base de l'élaboration de l'hologramme, qui s'adresse autant à la vision physiologique qu'à la perception psychologique. L'art vidéo est marqué à ses débuts par l'oeuvre de Nam June Paik et de Wolf Vostell, qui exposent en 1963 à la galerie Parnass de Wuppertal (Allemagne). La vidéo est utilisée soit comme simple technique d'enregistrement pour les happenings, actions, performances, soit comme recherche expérimentale sur les propriétés électroniques du médium. La vidéo combine également caméras et moniteurs dans des sculptures et installations, ou s'associe avec l'informatique. L'origine de l'art informatique ou Computer Art peut être fixée aux alentours des années 60. On utilise l'ordinateur numérique pour produire des réalisations visuelles, des sculptures cybernétiques et des environnements. Le Copy Art est un moyen de fixer des images par des procédés photochimiques, électrostatiques ou thermiques. L'artiste use de photocopieuses pour réaliser ses objectifs. Plusieurs tendances différentes peuvent être mises au jour, comme le fait de mettre des objets réels en contact direct avec la machine ou de transformer et combiner des images préexistantes. L'art de la communication comprend l'utilisation de réseaux télématiques, qui permettent l'exploration de l'espace cybernétique. L'esthétique de la communication se veut une fusion des arts, de la technologie et de la science. Le Groupe de l'esthétique de la communication réalise des projets où les événements se produisent en temps réel par l'intermédiaire de technologies rapprochant visuellement des lieux normalement séparés. "Le contenu de l'échange importe moins que le réseau utilisé et les conditions fonctionnelles de l'échange." Les artistes de la communication utilisent également le fax, la télévision slow scan, ou le satellite."
Bibliographie : Franck Popper, L'Art à l'âge électronique, Paris, éd. Hazan, 1993.

(2) Anne Cauquelin : L'art contemporain, p.116, Que sais-je ? Puf 1998 « Par site il faut entendre l'aire définie où s'exerce l'activité artistique et qui comprend, outre les ouvres des artistes, les commentaires de critiques d'art, ceux des historiens et des théoriciens de l'art, y compris les amateurs, collectionneurs, marchands, galeristes, conservateurs de musées et spectateurs. »
(3) « Tous ces caractères (ceux des technimages) embarrassent. ceux qui ont à commenter, soutenir, juger l'activité artistique. La réponse à cet embarras sera donc dans la plupart des cas le silence, ce qui est une façon radicale d'exclure un objet du champ de l'esthétique. Dans d'autres cas on verra se déployer des attaques en règle contre la société de communication qui produit de telles insanités et vient troubler l'ordre de l'art, sa vulgate. » Anne Cauquelin, ouvrage cité, p118.
(4) « En français un peu pédant, cette méfiance s'appelle du "misonéisme", rejet sans appel de ce qui est nouveau. Il vient parfois des directions les moins attendues : on sait qu'en matière artistique, l'avant-garde à répétition cache parfois un conservatisme frileux... Le rejet de la machine peut recouvrir une sacralisation confuse de l'artiste qui serait supposé exprimer quelque chose d'un tréfonds ou d'une âme sans aucun intermédiaire technique, dans une épiphanie spontanéiste de son inconscient ou de sa vraie nature individuelle ou sociale. Il peut aussi témoigner d'une crainte obscure, d'autant plus résistante qu'elle est refoulée, de l'avenir qui porte le changement et l'imprévu, et aussi qui fait vieillir et, à la longue, mourir. Il peut encore s'inspirer d'une haine de la science. » Gérard KLEIN, La peinture à l'électron , introduction au catalogue de la Deuxième rencontre internationale d'art contemporain, Centre Pompidou, 1992.
(5) Régis Debray, Vie et mort de l'image p. 306, NRF, Gallimard, 1992 " On ne s'implique pas émotionnellement dans des opérations de calcul, des combinatoires de paramètres. plus de contact avec une matière. L'esprit s'est libéré de la main, le corps entier devient calcul. Faire son deuil du corps, n'est-ce pas renoncer au sens " ?

 


 Michel Gardes


Académie de Poitiers
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Dernière mise à jour : 16/11/02