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du 24 septembre au 11 décembre 2005
le confort moderne propose :

L'Entrepôt Galerie redécoupant son espace, offre en ce moment deux expositions pour le prix d'une, et c'est gratuit. Que demander de plus ? Bon, d'accord, mais quelle rupture, et de quelles évidences ? Eh ben voilà déjà des questions à emporter au Confort pour ne pas arriver les mains vides...

Rupture des évidences est la rencontre (la cohabitation ?) de deux collectifs occasionnels ; d'une part le groupe SPLITt, trois musiciens/plasticiens et deux de leurs amis pareillement polyvalents, réunis ici comme pour "le bœuf" à la fin d'un concert, et d'autre part Concrete Castle, qui regroupe des proches de Rita Ackermann. (Vous trouverez une présentation de Rupture des évidences et une brève bio de chacun des artistes y participant sur le site du confort)

le groupe SPLITt (nom qu'on ne leur souhaite pas prémonitoire dans l'avenir immédiat) intitule l'ensemble du travail proposé "SPLITt"(1), ce qui nomme plutôt bien l'éclatement des formes dans lesquelles les cinq artistes travaillent, tant dans l'individuation de leurs pratiques personnelles que dans celles du collectif.
Hugues Reip
(chanteur et clavier du groupe SPLITt) accueille le visiteur avec un bouquet de cinq pièces, photos de végétaux en des tirages-imprimante si monstrueusement agrandis qu'on décèle le pixel.

Le changement d'échelle fait toujours son petit effet... Ce qu'il reste d'une pomme de pin décortiquée par un écureuil dinosaurien relève-t-il encore de la photo ? Sa découpe procède-t-elle du dessin ou de la sculpture ? Et à ce stade, quelle est la part du numérique ?

et son X-man ? Hugues Reip expose plusieurs pièces en tubes de néon, qui, pour la technique, peuvent faire penser à Mario Merz ou à Bruce Nauman, bien que lui se réclame plutôt de François Curlet... L'intéressant de l'affaire est sans doute que c'est la magnification d'un petit crobard comme on en rempli des carnets, sans trop savoir où on va. Hugues Reip prouve en 184x140x42 cm et en 220 volts, que l'important, c'est surtout d'y aller !

Dans la même technique, Éclaire (200x145 cm) peut faire parler les élèves sur l'adéquation entre le médium et le sujet (sans complexe, car à force d'éviter les facilités, plus rien ne serait évidence...)
Enfin, Sans Titre (after F. Curlet) ne peut que toucher tous les mômes qui ont un jour tracé des ronds dans la nuit avec une brindille au bout rougeoyant (et ont entendu un adulte leur dire de faire attention, crétins d'adultes !). Cette fois, ça évoque davantage certaines photos-de-dessins (trop rarement vues) de lumière en mouvement par Roland Topor, ou le travail de Francis Andrieux (consultable dans la B@lise n°7). L'itinéraire du brandon se traduit par une arabesque de néon qui éternise l'éphémère...tant qu'on ne coupe pas le courant.

Pourquoi je n'en ai pas mis la photo ? Parce que j'ai oublié de la faire...

Jad Fair (musicos texan à la discographie longue comme le bras) expose des peintures sur verre réalisées pour la circonstance. Ça tient un peu de la figuration libre, on pense à Keith Haring ou à Hervé DiRosa... Un travail lâché, sans complexe (bis) presqu'une illustration du vieil adage : "on est jamais si bien servi que par soi même". Peut-être de quoi convaincre les plus réticents de nos drôles, que l'important, somme-toute, c'est de faire des images ! et puis, un éléphant, même laid, c'est toujours un éléphant, et quelqu'un qui aime bien les éléphants ne peut pas être entièrement mauvais...


détail d'un des cinq panneaux.

Dominique Figarella (guitariste du groupe SPLITt) fait de la peinture... mais pas seulement. Comme Hugues Reip pour ses fleurs, il a recours à de grands tirages-imprimante de photos de la peinture qui viennent s'y surajouter. On a donc le support, une généreuse coulée de peinture-peinture, et une photo de cette même généreuse coulée alors qu'elle est encore si fraîche et brillante que s'y reflètent les artisans et accessoires de la prise de vue. Une image dans l'image de l'image, si l'on accepte le postulat que la tache fait image. En même temps que la photographie fait obstacle entre le spectateur et la peinture en s'y superposant, en occultant une vaste zone à son image déformée par la perspective, elle en donne le spectacle, la théâtralise un peu en révélant une étape de son histoire. (je ne sais pas si je me fais bien comprendre...) La peinture, motif sur le support, devient à son tour support lorsque la photo en reproduit le motif.

On peut faire une petite réserve au sujet de la découpe : est-ce exprès que D. Figarella "oublie" d'extraire quelques zones figurant le support ? laissant ainsi une quatrième couleur dans les surfaces fermées par les coulures ?

moi chtrouve ça gâche un peu...


hou les cornes, Monsieur Figarella !
détail de Document (2) 280x300x2 cm

Autre pièce du même artiste : Sans Titre, Débouchoirs (260x290x10 cm) de 2005.

Faudrait savoir, c'est sans titre, ou ça s'appelle Débouchoirs ? Un diptyque vertigineux, qui lui aussi contient les indications sur les étapes de sa propre fabrication et du coup se démultiplie presque en quatre panneaux. Les deux parties centrales n'en constituant qu'un seul de pure peinture, les bords de gauche et de droite donnant à voir le procédé en deux photographies qui figurent les panneaux ouverts du triptyque que ça n'est pas ! Si-si, c'est assez fort, Monsieur Figarella , sans parler des débouches-lavabos chers à Franquin, qui lui aussi, aimait bien les éléphants.

Jacques Julien (chanteur et guitariste du groupe SPLITt) mêle sport et sculpture. Enfin, il détourne du sport des fragments comme les panneaux de basket ou les tracés des terrains pour en faire des composants de ses sculptures, qui, si j'en crois ce qu'on dit, sont un peu des cadavres exquis qu'il bricolerait tout seul, certainement avec un petit sourire qui ne le lâche pas de bout en bout... Le panneau noir et blanc lui sert à confectionner de petites silhouettes de maisons, et l'anneau du panier vient ponctuer ses productions de sa forme et de sa couleur caractéristique qui en font presque une icône moderne. (hein les djeunes, vous aimez ça, le basket ?!). C'est peut-être l'occasion d'aborder les notions de vocabulaire plastique ou des figures récurrentes dans une œuvre ?
Ou peut-être de running gag ?


"l'arbre", (2004) 240x180x160cm


détail de "la dérive"

détail de "l'échelle"

Fabio Viscogliosi (écrivain, dessinateur et musicien) propose un plein mur de ses travaux. Alph'art coup-de-coeur à Angoulème en 1996, il produit livres et pochettes de (ses) disques. C'est une sorte d'artiste animalier, qui dit ne pas oser se risquer à figurer l'humain, de peur de le défigurer. C'est pas grave, bonhomme, de François Pompom à Edmond F. Calvo, en passant par Rembrandt Bugatti, les animaliers sont de grands modestes chers à nos coeurs... Et puis il y a là de quoi faire réfléchir un peu tous les niveaux sur la place que peut tenir l'illustration dans l'art contemporain. On peut aussi envisager la chose sous l'angle de l'accrochage (présentation ?), ou comment occuper un grand espace avec des "petits dessins".

voilà pour SPLITt, avouez qu'il y a déjà de quoi faire.


Un coup d'œil maintenant sur Concrete Castle, une tout autre affaire. C'est proprement protéiforme ! À la fois projet, lieu, tournage, aventure, vidéo, performance, story-board, conducteur, livre-objet, dessins, photos, avatars, occasion, rencontres, et j'en oublie certainement... Comment résumer ça : les reliefs d'une résidence ?

Rita Ackermann, commissaire de cette expo, réuni une brochette d'amis autour de la réalisation du pilote d'une série télé (Concrete Castle) de Disciple Films (société travaillant déjà avec le monde de la mode) qui comporterait 500 épisodes ! Une des salles de l'entrepôt-galerie du Confort Moderne devient donc studio, une autre vestiaire (vêtement prètés par les maisons de couture amies, ou comment rendre service et sponsoriser en même temps), etc... Rien d'étonnant, Rita Ackermann travaille aussi entre autre avec le monde de la mode. Comme nombre de ses amis participant à Concrete Castle. Aujourd'hui le tournage est terminé, que reste-t-il donc à l'exposition ?

œuvre-espace, le studio/monochrôme vert, pour un travail d'incrustation vidéo... Rien de tel pour s'immerger dans la couleur. Y lâcher une classe, juste pour voir comment ça les ébahi, rien que ça vaudrait déjà qu'on se renseigne sur les tarifs des bus !

au nombre des travaux préparatoires, une maquette subsiste, on a donc deux fois les mêmes pièces de mobilier...

en petit...
ou en grand
(on dirait pas, hein ?)

un grand cahier-de-bord à base de collages des photos de plateau...

un plein mur de fiches techniques sur chaque plan...
on y constate un regain d'intérêt pour le minimalisme des premier films en images de synthèse. Après la surenchère dans les prouesses de modélisation, on semble redécouvrir la sobriété monacale d'un classique comme "Tron"


Rita Ackermann expose elle-même quelques planches d'un story-board très travaillé, dans un style de dessin qui plaira certainement davantage aux élèves qu'aux enseignants. C'est sans doute là une Rupture des évidences, celle-ci esthétique, après d'autres, morales ou politiques.
(cf texte d'accompagnement du plan de l'expo)

dans la salle noire du Confort,
une sculpture d'Andro Wekua ...regardant des dessins aquarellés de Aurie Ramirez...
l'œuvre de l'un complétant l'œuvre de l'autre, pour n'en plus faire qu'une ?

Reena Spaulings n'existe pas, mais ses créations sont bien réelles. C'est une artiste inventée (comme l'indienne Kiga de Gérard Gasiorowski), mais dont le nom recouvre encore un collectif et un haut lieu d'exposition New-yorkais.

Il est peut être intéressant de démêler tout ça afin d'y aborder les démarches, les réseaux et les inter-connexions qui sous-tendent le monde et le marché de l'art...

Reena Spaulings expose ici six drapeaux. C'est sans doute plus farfelu que Jean-Pierre Raynaud, et le rapprochement le ferait peut-être bondir, mais toutes les occasions ne sont-elles pas bonnes pour ancrer les savoirs ? Et la dimension d'image du drapeau reste valide, qu'on le brûle ou qu'on le salue, non ?

Cette partie de l'exposition semble difficile à aborder avec des classes de 6ème ou 5ème, mais vous en jugerez peut-être autrement par vous-mêmes.


tir groupé : Marc Gonzalès, Josh Smith, Harmony Korine encadrés par deux flags de Reena Spaulings

Mark Gonzales, californien d'abord célèbre dans les monde des "planchàroulettes" a laché son skate-board pour présenter ici Head Stand, au côté de quelques encres sur papier de Josh Smith. De très ordinaires (et en cela très étonnants) dessins de Brian Degraw, qui lâche son crayon HB sur format raisin avec une habileté d'auto-didacte qui a de quoi surprendre. Le come-back du dessin se fait donc sur plusieurs fronts. Là encore sans doute, Rupture des évidences...
Dans ce coin de la salle noire, on trouve aussi des photos de Katja Rahlwes, du scénariste-acteur-réalisateur Harmony Korine, de Nabuyoshi Araki et de Richard Kern, tous artistes avec plusieurs cordes à leur arc (sur lesquels vous devrez peut-être comme moi faire une petite recherche-internet pour mieux les cerner). J'ai pensé à Nan Goldin, Guillaume Chiron (médiateur culturel du lieu) a confirmé.

et pour nous quitter sur un petit goût de revenez-y, un fragment de l'installation d'Agathe Snow,

...les petits coussins et plateaux d'une performance où tous les participants de Rupture des évidences alignés comme des écoliers, consommaient des bonbons (il en reste quelques uns) agenouillés à la japonaise...

si le "melting pot" a encore un sens, ce que l'économie tend à invalider, c'est dans le monde des arts qu'il est aujourd'hui perceptible.
Rup
ture des évidences
en atteste, emmenez vos drôles au Confort Moderne pour vous (et les) en convaincre...
et si vous êtes gentils, Guillaume se fera un plaisir de vous ouvrir la salle qui ne fait pas partie de l'expo mais qui vaut bien qu'on s'y arrête en cette période de réhabilitation de l'Op'Art :

 

où la stricte
orthogonalité
du motif ferait
douter de la
verticale...

Abus
dangereux.
Migraineux
s'abstenir.

(1) on dit qu'un groupe "splite" lorsqu'il éclate, que ses membres se séparent pour continuer des carrières en solo...


Académie de Poitiers
Courrier électronique : denis.fontaine@ac-poitiers.fr
Dernière mise à jour : 10/10/05