Asseyez-vous, aujourd'hui nous parlerons de la
cindynique

Il faut toujours tourner sept fois sa souris sur le tapis avant de cliquer sur envoi (nous l'allons montrer tout à l'heure).

Excusez le choix de couleur (rose et noir, faut le vouloir ; c'est voulu, il n'y a pas de hasard (notion arabe si vous vous rappelez de la page d'avant)), il est de circonstance (à Sophie). Nous parlions (enfin, surtout moi) de la sérendipité, notion vertigineuse qui n'a pas encore trouvé le chemin du vocabulaire banalisant (média-tic de langage) et il semble qu'elle soit à livrer avec une autre notion (épineuse celle là) : la cindynique.
Je découvre la cindynique par "effet boomerang", car après des années il me revient dans les dents une imprudence impudente.
Voilà :
Pour illustrer mon propos, je rapportais l'exacte mésaventure qui m'était arrivé alors que je cherchais des documents pour étayer un peu mon discours sur le body art auprès des élèves de terminales, puisque le discutable axe de leur programme est "l'œuvre et le corps". Si vous fréquentez aussi ces grands ados, vous savez combien certains sont prompts à plonger sur toutes les outrances qui permettent de s'affirmer, d'exister au regard de l'autre, et vous savez combien l'escalade de ce qui peut se montrer en art (ou qu'il est audacieux de) depuis l'existence du nu comme genre (ce que Félibien n'avait pas prévu) justifie et par conséquent autorise, dans le champ artistique naïvement perçu comme un médium de rebelle.
J'avais découvert en cherchant des précisions sur le travail d'Orlan, un site édifiant pour le pauvre normé que je suis. Un site que je ne sais plus comment qualifier ou décrire, tout étant susceptible d'être retourné par un habile avocat (pouah !). Dans ma candeur naïve et m'imaginant sans doute que nos mondes n'interféraient pas (alors que j'avais pourtant déambulé sur ce site avec un regard perdu entre incrédule et goguenard), je donnais le vrai nom (d'artiste ? de scène ?) d'une vraie personne.
Crétin de moi !!!
Tout fier de ma trouvaille, je la livrais aux ricanements dans une formulation/mode d'emploi sarcastique.
Erreur !!!
Je viens donc avec ma gomme enlever le nom du site, de la vitrine, de la boutique, bref de la personne qui m'informe que je fais le malin sur son dos, et que d'ordinaire, on paye pour faire ça !
Elle me signifie avec assez d'élégance que je suis un grossier personnage, et je m'avoue mouché.

Je dis crétin, c'est pire que ça.
Je me suis permis de montrer du doigt (ce que ma mère m'a pourtant interdit de faire) en la nommant, une personne qui comble les manques d'autrui, qui fait commerce de pratiques intemporelles. L'homme et la femme étant ce qu'ils sont, il n'y a que les accessoires qui soient susceptibles d'évoluer.
Et la dame aussi... susceptible.
Susceptible de se mettre en colère.
Je l'ai fâchée, et à me relire je peux le comprendre...
Et, n'y entendant rien (1) , en voulant simplement signaler aux collègues les limites d'une recherche internet en autonomie pour les élèves, j'ai attiré nominalement l'attention sur ce qui se tracte sous le cyber-manteau. Je n'imaginais pas qu'elle me mettrait le nez dans ma crotte, me voilà sommé de retirer le nom (qui est déposé) sous peine de poursuites pour diffamation (2). Elle m'accuse aussi de proférer des contre-vérités (ce que je conteste). Je ne trouve plus rien sur son site (il doit me manquer un plug-in) mais j'y ai effectivement observé à l'époque des clichés qui, vus de ma fenêtre, prêtaient d'ailleurs plus à sourire qu'à s'offusquer. Nos élèves peuvent tomber sur bien plus déstabilisant, bien plus hard, bien plus crade.
Mais je m'égare. À malin, malin et demi, et puisque je jouais à celui qui connait un mot nouveau, la personne en question attire mon attention (avec un a propos et une perfidie jubilatoire que je ne peux malheureusement pas vous rapporter sans la trahir encore) sur cette autre notion, la cindynique.
Sur le site de la FING, j'apprends que... "Il existe une science, très récente, qui étudie les catastrophes : incendie, tempête, naufrage, et les facteurs communs qui les caractérisent. Elle se nomme cindynique." Par extension, elle s'intéresse à la prévision des risques et aux moyens de les éviter. En voilà une science qu'il serait bien utile de maîtriser ! Parce qu'on ne sait jamais d'où va venir le prochain coup, la prochaine torpille. Bon, aujourd'hui c'est sans grand mal, pour la victime comme pour le bourreau, pour l'arroseur comme pour l'arrosé, mais faut faire gaffe.

Et si vous voulez mon avis, un des axiomes de cette nouvelle science appliquée à la pratique d'Internet est que :
une personne connectée, quelles que soient ses raisons, en vient toujours tôt ou tard à faire une recherche sur son propre nom (3), et si vous lui en cassez sur le dos, ça finira toujours par lui faire du mal.
Alors même si ça fait un peu rituel, un peu conjuration de sort, la cindynique nous enseigne qu'il est effectivement préfèrable de tourner sept fois la souris sur le tapis avant de cliquer sur envoi...


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(1) je veux dire : n'entendant rien en la matière que la dame exerce ; rien de plus que ce dont la fiction littéraire ou cinématographique nous témoigne, souvent avec une gourmandise complaisante qui en dit long.
(2) plus exactement elle menace de poursuivre l'hébergeur ; c'est le rectorat qui serait content !
(3) j'ai bien sûr moi-même "recherché" sur mon nom il y a quelques années, ben j'ai trouvé un type qui vend du sanitaire, ça peut servir...
(4) là non plus, pas de quatre, mais remercions tout de même XXX, qui nous a enrichi le vocabulaire.


Académie de Poitiers
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Dernière mise à jour : 18/03/04