L’enseignement du fait religieux

par Christiane Berthomier, IA IPR, octobre 2005

Bouddha

Constats et circonstances

Le rapport de Philippe Joutard sur l’enseignement de l’histoire en 1989 mettait déjà en évidence le déficit culturel né de l’ignorance des faits qui relèvent du religieux. Si ce déficit n’était pas comblé, il entraînerait une perte grandissante des codes de reconnaissance qui risquerait à terme d’affecter des pans entiers du savoir.

Cf Manques culturels à la fac, aux concours CAPES Agreg…

Les connaissances ne sont plus inculquées par la famille (souvent : plus aucune culture religieuse).animisme

Événements qui interrogent : foulard islamique, refus de candidats à passer un CAPES le samedi, refus de filles musulmanes de faire de la gym, …s’accroissent à partir de 2000.

Rapport écrit par Régis Debray à la demande du ministre de l’éducation Jack Lang et publié en avril 2002 intitulé « L’enseignement du fait religieux dans l’école laïque ».



Nécessité d’une éducation humaniste et artistique :

Porteuses d'offrandes à BaliEn français, en 6ème, on étudie des extraits de la Bible et du Coran. En Histoire et Géographie, on étudie les religions de l’Antiquité, et on aborde les différentes religions lorsqu’on parle des divers continents en Géographie.

L’éducation culturelle et artistique permet de comprendre ce que l’on voit, les traces du passé, et ce qui peut se dérouler aux quatre coins du monde :

Sans connaissances des textes religieux, comment percevoir le sens d’une cathédrale, d’un chapiteau, d’une mosquée ou d’une synagogue ? Nous sommes héritiers des civilisations du Livre. Notre calendrier se repère à la naissance présumée du Christ ; les fêtes qui ponctuent l’année sont religieuses (Noël, Pâques, Pentecôte…Ramadan).Comment percevoir et partager les sentiments suscités par un Stabat Mater, une Passion ou un Requiem, un gospel, un tableau du Martyr de Saint Sébastien ? Comment expliquer un portail d’église romane, mais encore les rites de crémation à Bali, les festivités autour d’un défunt dans certaines régions du globe, et les 9/10e des musiques ethniques ?



Qu’est-ce qu’une religion ?

CrémationL’homme préhistorique est déjà religieux à partir du moment où il respecte et prend soin des cadavres de ses ancêtres ou de ses partenaires. Le mot religion vient de religare, relier en latin : relier le monde visible au monde invisible, relier les hommes entre eux à l’intérieur d’un même groupe et leur proposant des lois et des valeurs communes ; relier le présent au passé en rappelant les traditions, les récits des commencements, les hauts faits des ancêtres ; relier l’homme à ce qui l’entoure en répondant par des contes, des mythes, des récits, des poèmes, aux questions éternelles et existentielles (d’où vient le monde, où va-t-il, pourquoi est-on sur terre…qu’y a-t-il après la mort … ?). On est croyant à partir du moment où on adhère à des croyances, où on applique des rites et où l’on fait partie d’une communauté aux croyances identiques.


Le fait religieux est incontestable : les cathédrales existent depuis mille ans, 50 % des œuvres sont à sujet sacré tant en peinture qu’en musique, en Portail de Vézelayarchitecture, sculpture ou dans l’art du vitrail. Les chemins de Compostelle ont un succès fou. L’homme a besoin de spiritualité. Les rites, pèlerinages sont des faits de société partout dans le monde. Il n’y a pas une société qui n’ait ses croyances, ses religions.


Un article du « Science et vie » n° 1055 d’août 2005, intitulé « Pourquoi Dieu ne disparaîtra jamais » explique que le cerveau de l’homme est programmé pour croire, et il est un fait que la foi est un remède miracle contre l’anxiété. Le fait d’appartenir à une communauté religieuse est un élément sécurisant (les statistiques sur la longévité le prouvent !). Et la foi apporte des réponses aux questions existentielles.

On pensait assister à une extinction des religions en occident : en fait, il y a un surcroît de pratique religieuse : l’église catholique est en perte de fréquentation, mais d’autres églises sont émergentes, et il y a grande place aux pratiques nouvelles : philosophie zen, bouddhisme et dérivés. Et le mouvement est également au développement, en particulier du christianisme et de la religion musulmane dans les pays en voie de développement (Asie Amérique du sud, Afrique).



En classe :

Noé (Vézelay)Il s’agit donc d’observer des faits religieux et d’être capable de les comprendre par une connaissance objective des différentes religions. Prendre acte de l’existant n’est pas prendre parti. Le fait est observable, neutre et pluraliste.

L’observation du fait religieux ne favorise aucune religion particulière. Les programmes d’histoire privilégient en Europe les religions abrahamiques, mais étudient aussi les religions de l’antiquité et de l’Asie ou évoquent l’animisme. Pas d’ethnocentrisme.

L’enseignement du fait religieux n’est pas un enseignement religieux.

Il ne s’agit pas d’entrer en religion, ni de faire de prosélytisme, ni de créer une nouvelle discipline. Il ne s’agit pas non plus de valoriser ou dévaloriser telle ou telle croyance, mais d’étudier l’influence de telle ou telle religion sur telle ou telle civilisation et ses productions. Il s’agit encore moins de donner des leçons de morale. On peut faire lire un extrait de la Bible ou du Coran en classe sans demander d’y croire, de même qu’un philosophe peut parler de Marx sans être communiste ni demander d’entrer au parti. Par contre, on peut parler de l’influence de la Bible sur les arts, la littérature, la société.

L’enseignement du fait religieux permet de mieux comprendre l’histoire, la géographie, la littérature, la philosophie, les langues et les arts, sans sortir des programmes.



En éducation musicale :

Il ne s’agit pas de modifier les programmes ni les progressions mais d’intégrer l’observation du fait religieux dès que c’est possible, dans les thématiques :

Le martyre de Saint Sébastien (Holbein-le-Vieux)

Relation musique/texte

Figuralisme, Symbolisme

Rapport voix/texte, ou instruments/voix/texte

Contrastes, variations d’effectifs/sens du texte

Tonalité et texte

Rapports orchestrations, instrumentation/différentes cultures, /différentes époques/ texte

Contrepoint/ verticalisme/texte

Échos, tuilages, bourdons

Canon, fugue, imitation

Chœurs

Genres musicaux




Musiques utilisables :

Toutes les musiques utilisant des textes religieux

Toutes les musiques rituelles, musiques ethnologiques (beaucoup de musiques d’Afrique par exemple sont rituelles (guérisons…))

Gospels, messes, Passions, Gloria, Psaumes, Magnificat, Stabat mater…

S’intéresser aux Fonctions de la musique

La Cène

Envisager cette nouvelle approche en interdisciplinaire, dans le cadre des IDD, TPE, projets de classe, de voyages… Ne pas rater l’occasion d’aller au-delà par un approfondissement culturel centré sur le symbolique, l’imaginaire.

IDD : Arts et humanités ou Langues et civilisations.

Conclusion

Message du Président de la république, s’adressant aux stagiaires d’un séminaire national organisé à Paris en novembre 2002 :

« La laïcité est un des principes fondateurs de notre démocratie. Quel sens, quel contenu lui donnons-nous ? Comment l’école de la république doit-elle concevoir son enseignement pour faire vivre la laïcité dans la société française d’aujourd’hui et de demain ? …

Dans le monde d’aujourd’hui, la tolérance et la laïcité ne peuvent pas trouver de bases plus solides que la connaissance et le respect de l’autre, car c’est du repli sur soi et de l’ignorance que se nourrissent les préjugés et les communautarismes. Renforcer la connaissance des religions, améliorer l’enseignement du fait religieux dans l’ensemble des matières concernées au collège et au lycée, suivre ses manifestations dans l’histoire, dans les arts, dans la culture de chacun, tout cela confortera l’esprit de tolérance chez nos jeunes concitoyens en leur donnant les moyens de mieux se respecter les uns les autres. »

Divers symboles religieux



Bibliographie


Message du Président de la république, s’adressant aux stagiaires d’un séminaire national organisé à Paris en novembre 2002 :

    « La laïcité est un des principes fondateurs de notre démocratie. Quel sens, quel contenu lui donnons-nous ? Comment l’école de la république doit-elle concevoir son enseignement pour faire vivre la laïcité dans la société française d’aujourd’hui et de demain ? …
    Dans le monde d’aujourd’hui, la tolérance et la laïcité ne peuvent pas trouver de bases plus solides que la connaissance et le respect de l’autre, car c’est du repli sur soi et de l’ignorance que se nourrissent les préjugés et les communautarismes. Renforcer la connaissance des religions, améliorer l’enseignement du fait religieux dans l’ensemble des matières concernées au collège et au lycée, suivre ses manifestations dans l’histoire, dans les arts, dans la culture de chacun, tout cela confortera l’esprit de tolérance chez nos jeunes concitoyens, en leur donnant les moyens de mieux se respecter les uns les autres. »