Proposition d'une démarche pour la course de durée
1- Principes d'élaboration d'une démarche d'enseignement
Points d'appui théoriques et institutionnels

Courir au collège : VMA et temps de soutien

 

Quelques apports théoriques simples et fonctionnels

Ils s’appuient sur des connaissances théoriques, parfois complexes, issues à la fois des champs de la physiologie de l’effort, de la bio-énergétique musculaire et de la méthodologie de l’entraînement sur lesquelles on ne reviendra pas.

La pratique de la course de durée met en jeu de façon dominante, mais pas exclusive, les processus aérobie. En terme de qualité physique, elle sollicite principalement l’endurance des élèves dont la définition la plus intéressante est celle de F. Peronnet : c'est « la capacité à soutenir le plus haut pourcentage de la consommation maximale d’oxygène, le plus longtemps possible ». Deux notions fondamentales sont donc au centre de la construction des séquences de travail, des séances et des cycles : la V.M.A. et son temps de soutien pendant une durée déterminée (la consommation maximale d’oxygène n’étant pas une donnée directement observable, on peut traduire cette notion en terme de vitesse horaire. Même si l’équation VO2 max = VMA n’est pas vérifiée dans toutes les conditions. En effet, à partir d’une certaine durée de course, on peut atteindre sa consommation maximale d’oxygène en courant pourtant à des intensités inférieures à la V.M.A. A partir de 85% et il faut 6 minutes environ pour observer cette dérive).

  • la V.M.A. : c’est pour chaque élève la vitesse de course à laquelle la consommation d’oxygène est maximale : elle dépend à la fois de son VO2 max et de sa capacité à courir de façon économique. Intéressante dans le cadre scolaire puisqu’elle permet à chaque élève d’appréhender immédiatement ses limites (mais aussi ses capacités) en termes de vitesse horaire :
    • conséquence pratique : les élèves d’une classe peuvent alors courir sur des durées égales, à des vitesses différentes, tout en sollicitant à un même niveau leurs ressources énergétiques.
  • le temps de soutien V.M.A. : c’est la capacité à maintenir une course à une intensité proche de la V.M.A. (à peu près 100%) pendant une durée donnée, sans décrochage technique et/ou chronométrique. Sa valeur est également individuelle (4 à 11’ pour des athlètes entraînés d’après V.Billat). L’observation empirique des élèves en milieu scolaire permet également de noter de fortes disparités pour des V.M.A. voisines. Il est donc important dans le cadre d’une pédagogie de la réussite de tenir compte de ces différences pour éviter de placer certains élèves dans des situations d'échec relatif. Il est en effet impossible, pour certains élèves, quelle que soit leur V.M.A. de courir, par exemple, à 100% de celle-ci plus de 3’ à fortiori sur des durées plus longues :
    • conséquences pratiques : ill est primordial d’estimer à la fois la V.M.A. des élèves mais également le temps qu’ils peuvent soutenir à cette allure.
      On peut alors orienter le travail du cycle de façon différente : soit en privilégiant l’augmentation de l’intensité sur une durée équivalente, soit en choisissant une augmentation du volume de travail pour une même intensité ;
  • les formes de travail
    Très classiquement, on peut distinguer deux types de sollicitation des processus « aérobie » : le travail intermittent et le travail en continu :
    • exercice en continu : il s’agit de courir à un pourcentage de VMA (80 et 85%) pendant un temps suffisamment long (20 à 30’) pour qu’à la fin de l’exercice le coureur ne puisse plus suivre le rythme imposé . Pour M.Gerbeaux et S.Berthoin ce type d’exercice qui vise l’amélioration de la capacité aérobie ne devrait pas être utilisé en milieu scolaire avant 13-14 ans du fait de sa pénibilité,
    • exercice par intervalles ou intermittent : l ’intérêt des exercices par intervalles est d’augmenter la quantité de travail de 1,5 à 3 fois par rapport aux exercices en continu. Ils se présentent sous la forme de courses à des pourcentages de VMA déterminés et sur des durées plus ou moins longues qu’il faut répéter après un laps de temps de repos. Chaque séquence de course est appelée répétition, plusieurs répétitions donne une série. La récupération entre les répétitions (r) est plus courte que la récupération entre les séries (R). La terminologie classique parle indistinctement d’intermittent ou d’intervalles lorsqu’il s’agit d’exercices entrecoupés de périodes de repos passives ou actives. Du même coup, des confusions s’opèrent souvent entre trois formes de travail voisines mais dont les effets physiologiques sont différents : l’interval-training, l’intermittent en « court-court » ou en « long-long » et le fractionné,
      • le « long-long » : visant l’amélioration de la capacité ou de la puissance aérobie, il sera défini en rapport avec la VMA et le temps de soutien. Pour une intensité entre 80 et 100% de VMA , la durée de course peu raisonnablement se situer aux alentours de 50% du temps de soutien répété entre 4 et 6 fois avec un temps de récupération entre les répétitions égal aux temps de course. Si on augmente les intensités de course alors il faudra diminuer les durées d’effort et augmenter les temps de récupération,
      • l e « court-court » : visant l’amélioration de la puissance aérobie, l’intensité de cet exercice se situe entre 100 et 130% de VMA. Les durées d’effort s’échelonneront de 9 à 36’’. Les durées de récupération sont égales au temps d’effort, d’où l’appellation de 36-36 pour un exercice de 36’’ suivi de 36’’ de récupération.
        Exemple de séries : 4 x (12 x 9-9) à 120% de VMA,
      • le fractionné : il s’agit d’un exercice de simulation avant une épreuve finale où le parcours est fractionné en plusieurs tronçons mais réalisé à « vitesse utile » c’est-à-dire à la vitesse prévue de course. La récupération est courte : 50% du temps d’effort.

Globalement l’intermittent répond à trois grands principes :

  • il s’agit bien sûr d’une alternance de travail et de repos, mais dont la couverture énergétique est surtout caractérisée par un fonctionnement bien particulier, celui du mécanisme intramusculaire de transfert d’O2 assuré par la myoglobine ;
  • c’est effectivement une répétition d’exercices de courte et moyenne durée, dont l’alternance entre les phases de travail et celles de repos est fréquente. La durée moyenne des séquences de travail la plus courante est de 30’, et il en est de même de celle de renouvellement, d’où l’appellation générale 30"-30". Court-court ? Long-long ? (cf. Berthoin & Gerbeaux) ;
  • ce type de travail vise principalement un développement du système de transport et d’utilisation de l’O2 sans solliciter l’intervention du système lactique puisque les taux de lactate enregistrés restent faibles ou modérés.

    Conséquences pratiques :
    • il est intéressant d’utiliser cette forme de travail dont l’intérêt principal est de pouvoir solliciter et maintenir durablement la consommation d’oxygène le plus près possible de son niveau maximal pendant toute la durée de l’exercice, ce qui est un gage évident de progression ;
    • la durée des récupérations est pour certaines séances à contrôler impérativement et scrupuleusement. Elles ne peuvent être que de courte durée et généralement égales au temps d’effort ;
    • la nature de la récupération sera passive car les élèves et notamment les débutants n’ont pas de quantité d’oxygène disponible suffisante pour récupérer activement même à une allure très faible ;
    • à des fins de transfert ou d’entretien on peut également utiliser cette forme d’exercice dans le cadre d’un travail de renforcement musculaire spécifique, de préparation physique générale ou d’entraînement physique intégré (en sports collectifs notamment).

Académie de Poitiers
Courrier électronique : webEPS
Dernière mise à jour : 19-Sep-2003