Nous prendrons comme point de
départ le texte de G.KLEIN et J.A.MEARD (qui appartiennent au groupe qui conçoit les
programmes) paru dans le n° 291 doctobre 2001 de la revue EPS. Dans ce texte il est
dit quil y a des compétences à acquérir en EPS, et que pour acquérir une
compétence, il faut passer par lapprentissage de connaissances. Il y a une séries
dopérations mentales qui vont de la perception de la situation à la programmation
du geste. Le mouvement ne devient plus que la conséquence de ce qui sest passé
précédemment. Quest-ce qui fait que quelquun arrive à accomplir les
opérations dans ces différents stades de manière efficace ? Cest ce que
lon appelle la base de connaissances, cest-à-dire les différentes
connaissances qui sont stockées dans la mémoire à long terme de lindividu et qui
vont lui permettre de traiter de manière efficace les informations.
Il existe deux grandes catégories de connaissances :
- les connaissances déclaratives ou propositionnelles : savoir quoi, savoir
que
Ex : Christophe Colomb a découvert lAmérique le 12 octobre 1492. Au
niveau des activités physiques, ce sont les règlements : on a droit à un seul
rebond dans sa partie du cours en tennis ; en rugby, on ne peut faire des passes que
vers larrière
(renvoi à une conférence à la Sorbonne du temps où Vivès
était directeur de la revue EPS ayant comme thème : les connaissances actuelles sur
lapprentissage - dossier EPS n° 28 : colloque Enseignants-Chercheurs. Le
paradigme de recherche était : expert/novice. Il est démontré que les experts dans
un sport possèdent beaucoup plus de connaissances déclaratives quun pratiquant
moyen). Lacquisition de ce type de connaissances est essentielle pour la réussite,
il est donc normal de les apprendre en EPS. Dans les programmes on les retrouve dans la
rubrique " information " ;
- les connaissances procédurales : savoir comment. Elles sont stockées en
mémoire sous une forme bipolaire, un côté cognition, un côté action, représentée
par : SI-ALORS. Ex : Si au tennis je suis déporté en dehors du cours, alors il
faut que je renvoie la balle de façon à avoir le temps de me replacer. Ce qui fait
intervenir le niveau perceptif et le niveau de la décision. En EPS, on retrouve à ce
niveau tout ce qui est les règles daction et les principes daction
développés à une époque par les didacticiens. Ils avaient raison, sauf sur un point,
cest quen mettant laccent totalement sur cela ils oubliaient la
troisième phase qui consiste à mettre en uvre ce que lon a décidé. Et
cest pourtant celle qui est essentielle en EPS puisquelle concerne
lhabileté motrice proprement dite. Dans les programmes, ce sont les savoir-faire
tactiques. Les savoir-faire tactiques ne sont rien dautre que les connaissances
procédurales. Lhabileté sportive, c est SI ALORS -
FAIRE. Ex : en basket, je me retrouve à deux contre un et je suis le porteur de
balle : si je suis marqué, alors je passe ; si je suis démarqué, alors je
tire. Mais, alors je passe ou alors je tire engage ma réussite. Pour que je sois
compétent, je dois réussir la passe ou le tir et cest le faire qui devient
important. Cest le faire que lon doit développer dans le cadre de lEPS,
cest-à-dire le potentiel moteur des élèves et pas seulement leur
" capacités intellectuelles danalyse ", même si elles sont
indispensables à la réussite sportive. LEPS est avant tout le développement de
la motricité chez les élèves, lacquisition dhabiletés motrices. On en
arrive maintenant au schéma de Schmidt : on a un programme moteur généralisé et
on apprend à paramétrer ce programme en fonction des différentes infos que lon
recueille.
Question : par rapport à la prise de
conscience ?
Réponse : la prise de conscience est indispensable, mais pas à ce moment là.
Elle est indispensable au moment de la mise en place du but que lon poursuit.
Maintenant les théories cognitives sont passées à une autre étape, celui qui apprend
et celui qui est bon est celui qui sait autoréguler ses apprentissages, ce qui veut
dire : savoir se fixer des buts, savoir planifier la manière dont on veut atteindre
les buts (cest là quintervient la prise de conscience), savoir enregistrer
ses résultats et les comparer au but poursuivi, et savoir réagir par rapport à ce
constat. Il existe un contrôle sur lapprentissage, sur la motivation, et sur les
émotions. Il sagit dune triple régulation. Il doit y avoir une prise de
conscience par rapport à ça et non de la façon dont je réalise le geste. De toute
façon il existe une impénétrabilité cognitive qui fait quon ne peut pas
réfléchir sur le geste au moment où on le réalise. Ex : si jenvoie une
balle de tennis sur quelquun, à aucun moment je ne réfléchis pendant que je le
fais à la façon dont je la renvoie.
Question : quest ce quêtre compétent en
EPS ?
Réponse : la compétence est constituée par lensemble des connaissances
dont on vient de parler. Je suis daccord avec la définition des compétences du
texte de Gilles Klein. Dans ce texte, ils se sont basés sur une interview que jai
réalisée de Leplat. Pour Leplat, la compétence en EPS, cest lhabileté,
cest-à-dire la capacité que possède un individu à atteindre un but. Sur les
documents daccompagnement des collèges, il y a confusion entre tâche et
compétence. Ex : " Sauter le cheval en long ", ce nest pas
une compétence, cest une tâche. La compétence serait : " savoir
sauter le cheval en long ", ce qui sous-entend la possibilité de sadapter
aux variations des caractéristiques de la tâche (tremplin plus ou moins dur, course
délan plus ou moins longue
).
Si je suis daccord avec les définitions données aux
compétences déclaratives et aux compétences méthodologiques, bien que je regrette
quelles ne figurent pas dans les textes sous ces termes, je nadhère pas aux
définitions des connaissances de soi et connaissances méthodologiques. La connaissance
de soi ne se résume pas à ce qui est écrit, cest quelque chose de beaucoup plus
complexe qui est liée à lestime de soi et qui fait que lon apprend ou pas en
cours dEPS.

I.
CONNAISSANCE DE SOI
Dans les textes des collèges, on trouve un objectif peu spécifié et
qui ne saccompagne daucun moyen pour savoir si les enseignants sen
approchent ou pas : " Développer une image de soi positive chez les
élèves ". Quest-ce quune image de soi positive ? Comment la
développe-t-on ? Comment savoir si on sen approche ?
Cela touche tout un domaine de recherche qui est en train de se développer en ce moment
qui concerne le " concept de soi ". Le soi prend en psychologie
cognitive une importance capitale. On utilise des termes proches de ceux de la
psychanalyse, mais ça ne fait pas référence au fonctionnement psychanalytique. On
utilise les termes de " soi idéal " et de " soi
réel " mais la manière de le réguler est totalement différente .
On distingue à ce niveau le " soi moi " du
" soi je ".
a. le " soi moi "
Cest le soi que lon considère en temps quobjet, que
lon regarde, que lon décrit et que lon évalue. Aux alentours des
années 80 Marsh (australien) étudie comment est organisée la connaissance de soi, en
particulier la connaissance de soi des adolescents dans le système scolaire. Il en
ressort quelle est pluri-dimensionnelle, elle se fait par domaines séparés, et
elle est organisée de manière hiérarchique.

Le soi global ou concept de soi global : cest le
résumé de lensemble des connaissances de soi qui existent aux niveaux inférieurs.
Il se divise en deux sous ensembles : le concept de soi académique ou scolaire qui
est le jugement que lon porte sur soi dans le domaine scolaire, et le concept de soi
non scolaire. Ces deux sous-ensembles se subdivisent à nouveau, dun côté en
concept de soi en maths, français
et de lautre en concept de soi social
(relations sociales avec les adultes et autrui significatif, pairs de même sexe, pairs de
sexe opposé..), concept de soi affectif (jugement que lon porte sur soi même,
ex : passionné, instable
) et concept de soi physique qui se divise encore en
deux : apparence physique et compétence sportive.
Il sagit là dun modèle ancien qui sest perfectionné depuis. Pour
reprendre le concept de soi physique uniquement, on le divise maintenant en sous domaines
qui sont :

Ce qui est important cest que la manière dont on se juge dans un
domaine est totalement indépendante de la manière dont on se juge dans un autre domaine.
La valorisation que lon donne à certains domaines et pas à dautres a
énormément dinfluence sur lestime de soi et le concept de soi global.
Ex : pour une personne qui valorise le domaine de la compétence sportive, si on lui
dit quelle chante faux, cela ne fait pas varier le niveau de son estime de soi, mais
si on lui reproche dêtre incompétente au tennis, son concept de soi va diminuer
fortement.
Ce qui va motiver les élèves pour apprendre en EPS, cest daugmenter
lestime de soi. Dans le cas où lestime de soi se trouve mise en cause, ils
vont chercher à se protéger, et pour se protéger adopter des conduites
dévitement (ex : Marie Jo Pérec aux JO).
La connaissance de soi est très sous estimée dans le cadre de ces programmes car cela
détermine des comportements que nous allons voir par la suite : comportement de
maîtrise, de comparaison sociale
.
b. le " soi je "
Cest celui qui va organiser la conception que lon a de
soi-même. On va reprendre lexemple dun domaine de compétence sportive, le
tennis. La première façon de savoir si je suis compétent, cest la comparaison
sociale. Je compare ma performance à celle des autres (lautre me sert de
référence) ou à un classement. Si je suis meilleur que les autres ou que je
mapproche de la valeur de classement que jai pris comme référence, mon
concept de soi au tennis va augmenter, et il diminuera dans le cas contraire.
Que peut-on faire en EPS ?
Je vais vous faire part ici dune expérience réalisée par une étudiante en
thèse, Stéphanie Boléda. Elle a pris deux groupes délèves en endurance et en
musculation. Les deux groupes étaient équivalents, cest-à-dire quils
présentaient le même niveau moyen de concept de soi en endurance et en force, et
étaient au même niveau de performance dans les deux activités. On fait faire le même
travail aux deux groupes, mais il y a un groupe qui est orienté maîtrise
cest-à-dire que lenseignant, après chaque tâche réalisée, donne des
informations sur les progrès, et un groupe qui est orienté comparaison sociale
cest-à-dire où lenseignant ne donne des informations que sur le classement
au sein du groupe ou les résultats obtenus par rapport aux autres. A la fin des cycles,
les deux groupes avaient objectivement progressé de manière équivalente en musculation
et en endurance. Donc objectivement on avait développé la motricité de manière
équivalente. Par contre, le groupe orienté comparaison sociale a diminué son concept de
soi, alors que le groupe orienté maîtrise la, en moyenne, augmenté. Le groupe
orienté comparaison sociale a diminué son concept de soi car les bons lont
conservé voire augmenté, mais tous ceux qui se trouvaient plus bas queux dans le
classement du groupe lont diminué.
Ce concept de soi peut être manipulé en permanence en EPS, mais en
faisant attention.
Question : comment peut-on mesurer le concept de soi ?
Réponse : On dispose déchelles (validation française du questionnaire
de Marsh).

Le questionnaire se compose dune série ditems (phrase ou
affirmation, par exemple : mes camarades de classe me trouvent très bon en EPS) et
on demande de se situer sur une échelle qui va de " tout à fait
daccord " à " pas du tout daccord ". Ensuite,
on fait la moyenne sur 8 items par domaine. Au début du cycle, on fait passer le
questionnaire et on obtient une représentation de soi dans tous les domaines. A la fin du
cycle on propose à nouveau ce questionnaire, et on constate que seule léchelle
concernant lendurance et la force a subi une variation. Les autres nont pas
changé.
Il y a un autre domaine que jévoquerai avec la motivation qui
influence le concept de soi, cest lattribution causale : si vous attribuez un
succès à votre habileté, vous augmentez votre concept de soi. Si vous lattribuez
à la chance ou à la facilité de la tâche ou à leffort, votre concept de soi ne
bouge pas, il reste au même niveau. Par contre, si vous attribuez un échec à votre
habileté (je suis nul
) ou si cest lenseignant qui vous le dit, votre
concept de soi diminue.
Une dernière chose qui est importante et surprenante et sur laquelle
on essaie de faire des expériences mais ce nest pas facile, cest que le cadre
de comparaison a une importance. Dans lexemple que lon a pris, on se
compare à des personnes extérieures. Mais on peut choisir un cadre de comparaison
intérieur. Considérons une personne qui pratique deux activités physiques, le golf et
le tennis. Elle est bien classée au tennis et pas au golf. Elle prend comme valeur de
comparaison lactivité dans laquelle elle est meilleure, ici le tennis. Cela fait
augmenter son concept de soi dans lactivité ou elle est forte et baisser dans
lautre. Il est bon de rappeler ici que la représentation que lon a de soi
même nest pas directement liée à la réalité : cest ce que lon
appelle les croyances.
Maintenant considérons deux personnes qui jouent au golf et au tennis.
La première est classée première série au tennis et handicap 4 au golf, elle prend
comme cadre de référence le tennis, son concept de soi au tennis augmente et diminue au
golf. La seconde est 15 au tennis et handicap 8 au golf, elle prend comme cadre de
référence le golf, son concept de soi augmente au golf et diminue au tennis. Si
maintenant on mesure le concept de soi des deux personnes au golf, cest celle qui
est le moins bien classée qui a un concept de soi le plus élevé. Ce qui tend à montrer
quà lintérieur de nous-mêmes on " cuisine ". Pour
établir la représentation que lon a de soi-même, on est obligé de faire des
comparaisons, de prendre une valeur de comparaison et de se situer par rapport à cette
valeur. On prend soi une valeur extérieure (les autres), soit une valeur à
lintérieur de nous-mêmes quelque chose qui nous sert de valeur de comparaison.
La représentation que lon a de soi dépend certes de la pédagogie employée,
mais aussi des expériences que lon fait et des outils de comparaison que lon
utilise.
Question : la pression peut-elle intervenir sur le
concept de soi des très bons joueurs ?
Réponse : Absolument, à cause de la pression de comparaison sociale ou de
limportance du classement.
Question : Est-ce que cela doit nous faire réfléchir par rapport au projet
que lon peut demander à un élève, car sil se projette trop, il prend
beaucoup de risque de faire diminuer son concept de soi ?
Réponse : Tout à fait. On re-situera cela par la suite dans le cadre de
lauto-régulation de lapprentissage car si on veut aider des élèves à
sauto-réguler, il faut leur apprendre à se fixer des objectifs
dapprentissage réalistes. On en arrive à une chose qui est au centre de la
psychologie cognitive à lheure actuelle, cest que lon agit en fonction
de croyances que lon a sur nous mêmes, sur les tâches ou sur lextérieur et
non en fonction de la réalité.
Le pire, ce sont les élèves qui se sous estiment, et ils sont nombreux, car ils vont
plutôt chercher à se protéger quà progresser. Il vaut mieux être optimiste que
pessimiste. Il vaut mieux avoir une représentation supérieure à sa compétence
objective que linverse.

II. LA
METACOGNITION
La métacognition cest la connaissance que lon a de sa
propre connaissance ou de son fonctionnement psychologique. Dans les programmes on parle
de compétences méthodologiques, cest ce que lon va appeler des
stratégies méthodologiques et surtout des stratégies de régulation (ex :
sengager avec lucidité dans les activités). Cela relève davantage de la
métacognition que de la connaissance proprement dite.
Il y a deux aspects dans la métacognition :
- laspect connaissance et évaluation de soi même (cest un peu ce que
lon a vu jusque là. Le concept de soi fait partie de la métacognition
puisquon évalue ses propres compétences donc ses propres connaissances) et aussi
la connaissance des tâches, ce quelles sollicitent, lanalyse que lon
peut en faire ;
- lautre aspect est la gestion de soi même et la gestion des apprentissages,
cest-à-dire la régulation que lon fait de son propre comportement. Ce sont
les stratégies de régulation. Par rapport à des effets produits, la notion centrale va
être la notion de but, avec son corollaire, la notion danti but (le but
dévitement).
Le modèle de base est celui-ci :

Lidée fondamentale dans la psychologie cognitive, est que tout
comportement est orienté vers latteinte dun but. Il nexiste pas de
comportement humain qui ne soit pas orienté vers un but quelconque. Cela va avoir de
fortes conséquences pédagogiques en ce qui concerne lapprentissage des élèves.
Mais dire que tout comportement humain est orienté vers un but est
insuffisant. En fait on fonctionne sous forme de boucle de feed-back négative. Il y a un
but, cest le résultat désiré que lon cherche à atteindre. On verra
quil y a différents niveaux de buts qui organisent notre comportement. On prend un
but particulier : jessaie de mettre la balle dans un panier. Le résultat
désiré est que la balle entre dans le panier. Tout mon comportement va sorganiser
en fonction de ce résultat à atteindre. Cest bien le but qui organise mon
comportement par rapport aux conditions dans lesquelles je me trouve. Si je suis loin je
lance fort, si je suis plus près je lancerai moins fort
Il y a toujours un but que
je cherche à atteindre. Pour atteindre ce but, je mets en uvre un comportement.
Dans le film " lenfant et le ski "
lapprentissage est basé sur ce principe. Cest lexemple qui a donné son
nom à la pédagogie par aménagement du milieu. A un moment du film, il est question
dapprendre à réaliser un virage. Les enseignants vont dire aux élèves :
" votre but est de réaliser une courbe de virage régulière sur la
neige ", mais comme se sont des enfants petits (3 à 5 ans) leur dire : est
un but trop abstrait, alors on leur inscrit concrètement le but en faisant une trace de
couleur sur la neige. Ils ne doivent pas sen éloigner. Au départ ils vont faire
des pas tournants. Puis ils regardent leur position par rapport à la trace et il y a donc
perception des effets du comportement (ex : entrée par " je suis en
décalage par rapport à cette trace "). Il existe dans le fonctionnement
psychologique un comparateur qui compare en permanence le résultat actuel au résultat
désiré. On appelle cela une boucle en feed-back négative car le comportement
suivant vise à réduire cet écart (la discrépance). Dans le cadre de cette
théorie, que lon appelle théorie du contrôle, tous les comportements humains
fonctionnent sur ce modèle. Dans notre exemple, la perturbation venant dune
influence extérieure (par exemple le vent) ne joue quun rôle mineur.
Voyons maintenant une autre expérience, celle de Bandura et Cervone
réalisée en 83 et reprise en 86. La tâche motrice quil faut effectuer consiste à
serrer une poignée en exerçant un maximum de force (dynamomètre à main). On a 4
groupes :
- le groupe " contrôle " à qui on ne donne ni but à atteindre ni
résultats par rapport à leurs réalisations ;
- un groupe à qui on donne le feed-back : " vous avez réalisé
tant " ;
- un groupe à qui on donne un but : " vous devez réaliser 10
kg " ;
- un groupe à qui on donne un but et un feed-back.

Cest une expérience simple mais parlante sur la nécessité absolue
en pédagogie de donner à la fois un but et un feed-back de ce que lon réalise.

Vous avez des buts spécifiques (ex : ski : " tu
suis la couleur ") identiques pour tous les élèves.
Vous avez des buts généraux abstraits (" tu essaies de faire une courbe
régulière sur la neige "). La définition de la courbe régulière peut varier
dun élève à lautre.
Il ny a là quune situation qui est utile, cest celle
où on fixe aux élèves des buts spécifiques et quils ont un feed-back qui
correspond à ces buts.
Ex : Un enseignant au volley-ball dit : " vous
laissez rebondir le ballon par terre, vous vous placez sous le ballon, et vous essayez de
le faire passer par-dessus le filet ". Cest une tâche parfaite, avec un
but bien défini. Il ny a pas besoin du professeur pour savoir si le but est atteint
ou pas. Si lenseignant voyant un élève qui ne réussit pas lui dit
" tu ne plies pas assez tes jambes ", il lui donne un feed-back qui ne
correspond pas du tout au but fixé. En effet, à aucun moment il ne leur a demandé de
plier les jambes.
Il y a une théorie de la motivation qui est directement liée à
lapprentissage et à la performance (au départ dans le domaine du travail),
cest la théorie de fixation de but .
Cette théorie est extrêmement concrète qui propose une série de recommandations :
- plus le but que lon fixe aux élèves est difficile, plus le résultat est
meilleur. Le sujet constate un écart important entre le but fixé et ce quil fait,
va faire des efforts pour réduire lécart. Il y a bien sûr une limite à
respecter ;
- plus le but est spécifique, meilleure est la performance. Une manière efficace de
spécifier le but est de linscrire dans le milieu ;
- plus le but est réaliste meilleure est la performance. On prend la moyenne des 5
dernières performances, puis lécart entre cette moyenne et la meilleure
performance et on rajoute cet écart à la meilleure performance. On obtient un but
réaliste ;
- flexibilité du but : donner la possibilité aux élèves de monter ou de descendre
à leur gré le niveau de difficulté du but ;
- proximité du but : il faut décomposer le but final trop long à atteindre, en une
série de sous buts progressifs ;
- caractère positif du but : ne jamais fixer de but négatif (" pourvu que
je ne fasse pas une double faute ") ;
- temporalité du but : se fixer des échéances temporelles (" cest
match par match, on ne pense pas au titre pour le moment ").Cest fixer des
buts immédiats en ne perdant pas de vue à long terme.
Normalement, les bons entraîneurs utilisent cette stratégie. Ils
parlent dobjectifs et non de buts, mais cela revient au même.
Maintenant, revenons à ce qui se passe par rapport à
lapprentissage et à la boucle de feed-back négative. Les élèves constatent une discrépance
entre un résultat quils veulent atteindre et leur résultat actuel, leur
fonctionnement consiste à réduire cette discrépance. Ce qui est intéressant sur le
plan pédagogique, cest quil ny a pas une seule manière de le faire.
Certaines sont favorables à lapprentissage et dautres non. Soit on joue sur
le but soit on joue sur le feed-back.
1 - On joue sur le feed-back. Cest une solution
comportementale.
La manière la plus traditionnelle de procéder est de faire que le feed-back se rapproche
du but. On peut penser que lapprentissage est le meilleur moyen, mais ça ne se
passe pas aussi facilement que ça. On prend un exemple. Je veux ouvrir la porte et la
porte coince. Il y a discrépance. Le premier comportement que jadopte pour la
réduire est daugmenter les ressources que jutilise, je fais plus de pression,
plus defforts. Si lécart demeure, je choisis un deuxième comportement dans
le répertoire des comportements que je possède déjà. Par exemple, je vais pousser avec
lépaule, si ça ne marche pas avec lépaule, je vais chercher dautres
solutions dans ce répertoire
Si rien ne marche, je vais chercher à produire un
comportement nouveau et cest seulement à ce moment quil y a apprentissage.
Pour quil y ait apprentissage, il faut que les tâches soient
dun niveau de difficulté suffisant pour que lélève cherche des stratégies
ou des comportements nouveaux. On rentre dans la résolution de problème. On change
le feed-back futur par un changement de comportement.
Il existe des indicateurs. Si un élève réussit du premier coup une tâche qui lui est
proposée, cest quil la maîtrise et il ny a pas dapprentissage à
attendre.
Question : par rapport au " décalage optimal " ?
Réponse : Elle se base sur un fonctionnement dauto-régulation, à savoir
quil y a une comparaison entre les tâches que lon donne aux élèves et les
résultats quils obtiennent. Le décalage optimal cest de faire en sorte que
la difficulté de la tâche ne crée pas une discrépance trop élevée.
Question : quelle différence entre discrépance et dissonance ?
Réponse : La discrépance est lécart entre le but et le résultat, la
dissonance se situe dans un cadre cognitif, lorsquon a une représentation de
connaissances et que dautres ont du mal à sintégrer par rapport à ça. Il y
a une dissonance cognitive.
2- on joue sur le but. Cest une solution cognitive
Il y a 2 solutions cognitives qui permettent de jouer sur le but :
- réduire la discrépance. Ensuite on entre plus directement dans la motivation.

Cela se présente de la manière suivante : par exemple, il y a la
note que veut un élève et sa note actuelle. Il y a deux solutions, soit il va dans un
sens : il agit sur ses connaissances etc
pour obtenir une note qui réduit la
discrépance, soit il va dans lautre sens : il agit sur le but, il diminue le
standard de manière à diminuer la discrépance. Cest à ce niveau que se situe la
redéfinition du but de la tâche (but plus accessible).
Cela peut avoir des aspects adaptatifs ou cela peut avoir des aspects néfastes. Ex :
daspect dadaptabilité : je veux présenter le brevet détat en
tennis. Si pour le présenter on me dit quil faut être classé 15, je ne peux pas
fixer mon but à atteindre à 15/4, puisque ça ne correspond pas au niveau exigé. Je
suis donc obligé de madapter à ce but et denvisager de faire des progrès.
Par contre, dans le cas où il ny a pas ce genre dobligation, je peux très
bien en cours de saison descendre de 15 à 15/4 en fonction de ce qui se passe et se sera
aussi un aspect adaptatif.
Mais lindividu peut aussi rejeter le feed-back
comme non crédible, cest à dire interpréter la discrépance comme non
importante et lignorer. Imaginez que vous avez une haute estime de vous-même dans
lactivité (cest-à-dire que vous êtes compétent dans cette activité) vous
obtenez un feed-back déchec, une des choses qui se fait fréquemment, cest de
nier la crédibilité du feed-back et de dire : " larbitre est
pourri
lautre a profité du vent
". Cest une manière de
réduire la discrépance. Ca se fait à partir du receveur et en jouant sur la
caractéristique du feed-back ;
- la dernière solution cest carrément labandon du but.
Elle ne présente que des désavantages. Tout à lheure, quand on changeait de but,
on restait tout de même engagé vers celui-ci même sil était diminué. Ici on
refuse dapprendre et de trouver des solutions pour atteindre le but. Il y a deux
façons dabandonner le but :
- physiquement : on sort de la situation (Marie José Perec qui a fui) ;
- dans les théories cognitives : le dégagement mental : on ne sinvestit
plus dans la situation (celui qui ne joue plus à fond dans une partie quil
considère comme perdue).

Par rapport à labandon du but (Carver et Scheier) :
on travaille vers le but. On rencontre une difficulté. On interrompt les efforts.
Sil ny a pas de problème, on continue, sinon on évalue ses chances de
succès. Ensuite, si on est confiant, on reprend ses efforts, sinon on abandonne le but.
Dans le cadre de la discrépance, il peut y avoir une discrépance positive, lorsque le
sujet dépasse le but quil sest fixé. La logique voudrait que dans ce cas le
sujet cherche à réduire la discrépance en réduisant ses efforts. Mais ça ne se passe
pas comme ça. Dans ce cas le sujet se fixe un nouveau but.
Dans le cadre du comportement humain, il existe des buts, mais aussi
des anti-buts. Au lieu de chercher à sapprocher de quelque chose, on cherche
à sen éloigner : " je veux éviter de paraître incompétent
ou ridicule ".
Au niveau de la compétence qui est au centre de lécole, de
lEPS (la motivation daccomplissement), si lélève pense quil ne
peut pas apparaître compétent, alors il va éviter dapparaître incompétent et il
va mettre en uvre des comportements qui vont lempêcher dapprendre et
qui vont créer des obstacles à lapprentissage, à la performance.. Toutes les
stratégies non-adaptatives, chez les sportifs les stratégies dauto-handicap :
- les handicaps comportementaux : les sujets qui font exprès de ne pas
sentraîner pendant le temps imparti à léchauffement pour avoir une excuse
de ne pas être compétent au bout de ce temps ;
- la procrastination qui consiste à remettre par exemple des révisions en vue dun
examen jusquau dernier moment appartient à cette catégorie ;
- les handicaps auto-proclamés : blessures annoncées avant la course par exemple.
Cela présente un double avantage, car si il obtient un bon résultat
il sera considéré comme compétent dautant plus quil naura pas fait
deffort, et sil échoue il pourra invoquer le non entraînement ou la
blessure.
Mais les stratégies dauto-handicap peuvent être utilisées
aussi pour se mettre en avant : stratégies de valorisation de soi. Si on demande à
des élèves de monter à la corde en se servant des bras et des jambes et quun
nutilise que les bras, il sauto-handicape, mais cest pour se valoriser
par rapport aux autres. Dans larticle de Nicholls analysé par M. Durand, il est dit
que lécole valorise leffort, mais que les élèves pensent quil vaut
mieux être habile que faire des efforts.

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