Contexte et performance scolaire
Jean-Marc Monteil

 

Hétérogénéité, habillage de la tâche
et évaluation

 

I - GERER L'HETEROGENEITE… LE GRAND DEBAT DE L'ECOLE

La différence est quelque chose de naturel… A l'école on parle de différence de niveaux…
Conception plus ou moins avouée… " ce serait beaucoup mieux si le public était homogène ". Si l'on se place d'un point de vue idéologique le débat est sans fin et sans issue...

" Il faut aborder ce problème du point de vue de la Comparaison ".
Réduire l'hétérogénéité c'est :

  • réduire la possibilité de se comparer ;
  • fermer l'espace de comparaison.

Chacun a besoin de se comparer favorablement sur au moins une dimension… S'il n'y a pas de comparaison favorable possible, l'individu utilise des stratégies de substitution, crée un champ de comparaison particulier original où il peut dire qu'il est supérieur à autrui… (stratégies substitutives qui conduisent à la délinquance).
Il est vrai qu'un seuil commun, un socle de connaissances, est indispensable mais où le situer ?…

C'est une erreur fatale que de défendre un système de similitude (groupe stigmatisé).
Prenons l'exemple des classes préparatoires : tous sont admis avec mention très bien au bac pourtant très vite les enseignants se plaignent d'un niveau trop hétérogène. La logique de la gestion de l'hétérogénéité des classes préparatoires est une logique d'élimination.

L'univers de comparaison est indispensable à la cohésion sociale et pédagogique. Gérer l'hétérogénéité c'est accepter les différences et refuser la réduction de l'espace de comparaison car les individus se comparent à l'intérieur de leur catégorie… L'hétérogénéité est indispensable à la dynamique vivante mais il faut prendre garde à la gestion des hauteurs de différences.

L'hétérogénéité pose problème à l'instructeur. Enseigner c'est jouer sur la diversité :

  • mettre en place l'aide individualisée ;
  • faire travailler ensemble des élèves différents (le tutorat est profitable à tous les élèves : il faut combattre la représentation selon laquelle les bons élèves perdent leur temps… ils en gagnent en approfondissant par le questionnement de l'autre les connaissances acquises).

Le poids du contexte fait que la performance n'est pas révélatrice des compétences. Elle n'est qu'un élément d'appréciation des compétences. S'il est vrai que tout le monde n'a pas les mêmes compétences cognitives, il faut aussi reconnaître que les conditions de la performance peuvent inhiber certains enfants.

II COMMENT EVALUER LES TRAVAUX SCOLAIRES ?

L'excellence est la capacité du sujet à exprimer ses potentialités au meilleur niveau. L'excellence n'est pas la rareté. L'évaluation sommative est une comparaison sociale, c'est le dispositif institué de comparaison, elle donne des informations sur la différence.

" On a tendance à s'y rapporter comme si c'était une base de valeurs vraies "… A partir du quantitatif on fait du qualitatif. Quelle est la " valeur " de ce quantitatif ? Il faut 26 évaluateurs pour stabiliser une note en physique, 120 en philosophie… L'évaluation est un acte quantitatif, pas scientifique !

1 - Quels sont les objectifs de l'évaluation ?
L'évaluation doit être conforme aux objectifs des programmes et aux objectifs pédagogiques. Pour évaluer, il faut monter une tâche qui vérifie l'adéquation des acquis avec l'objectif poursuivi mais comment " habiller cette tâche " pour que tous les élèves puissent travailler sans être gênés par " la présentation utilisée " ?
D'autres problèmes se posent :

  • le modèle dominant de 0 à 20 est-il pertinent ?
  • est-on sûr d'être suffisamment exact dans l'évaluation pour avoir besoin d'une échelle aussi précise ?
  • est-on sûr lorsque l'on corrige que le même écart entre les notes 12 et 10 puis les notes 10 et 8 traduit le même écart de performance ?…

Pour corriger l'enseignant se construit un modèle de correction auquel il va confronter la production des élèves. La première copie est réellement confrontée à ce modèle, la deuxième encore confronté au modèle avec l'influence de la première… Quelle note pour la septième corrigée après la sixième particulièrement mauvaise ?…La correction devrait être réalisée deux fois pour gommer l'influence de l'ordre temporel de la correction sur la notation. Pourquoi ne pas utiliser toute l'échelle de notation…N'y-a-t'il pas d'excellence en français ?

2 - La fonction de l'évaluation
L'évaluation dit quelque chose de l'élève et non de la discipline. C'est un modèle de tri…

  • quelle est la valeur de la moyenne 10 ?
  • à quel niveau de l'échelle l'objectif est-il atteint ?
  • quelle information utile l'évaluation donne-t-elle à l'élève ?

La courbe de répartition des notes devrait correspondre à un modèle en J or c'est toujours le modèle gaussien qui prévaut.
L'évaluation actuellement est un paramètre de la " reproduction ". La notation est capitale puisqu'elle détermine l'orientation.

III LE TRAITEMENT DU SAVOIR, LA PRESENTATION DE LA TACHE ET LA DIVERSITE

L'objectif ultime de l'enseignement c'est de rendre l'élève capable de traiter un problème quelle que soit la présentation du problème.
Certains élèves peuvent résoudre des problèmes mais sous certaines conditions de présentation. " La force du maître est dans sa capacité à présenter le problème sous des formes différentes ".

Enseigner c'est prévenir et non " réparer ", cela nécessite une connaissance fine de ce qui peut arriver…
Plus l'enseigné a de connaissances plus il peut en acquérir car la base de connaissances est bien organisée, bien structurée, le coût attentionnel est moindre pour accueillir la nouveauté… Ceci pose le problème de l'entrée dans l'apprentissage, de la surcharge cognitive.

Une démarche facilitante :

  • une présentation différenciée des tâches ;
  • un environnement allégé ;
  • un habillage varié des tâches qui évite les blocages à priori (pas de codage culturel) ;
  • l'absence de comparaison forcée au sein de la classe pendant l'enseignement.

IV QUELQUES CONCLUSIONS

On est mauvais élève par existence et non par essence… le contexte aide !

Les productions des élèves dépendent des conditions de comparaison sociale auxquelles ils sont confrontés :

  • se comparer à mieux est dynamisant ;
  • utiliser la comparaison descendante est révélateur d'un besoin de " protection de soi " ;
  • la comparaison latérale n'est pas dynamisante ;
  • l'influence de la comparaison sociale dépend des attributions négatives ou positives et de la plus ou moins grande visibilité qui leur est faite.

Il faut éviter les conditions les plus défavorables… (problème dit d'ergonomie scolaire)

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Académie de Poitiers
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Dernière mise à jour : 08/09/02