Judaïsme, christianisme et islam :
développement et ruptures.

 Le judaïsme.

Établir une chronologie des débuts du judaïsme est une gageure. Je rappellerai simplement que l’on situe traditionnellement la venue d’Abraham en Canaan entre 2000 et 1800 av. J.-C., l’arrivée en Égypte des Apirou (les Hébreux) sans doute parmi les tribus Hyksos qui mirent fin au Moyen-Empire égyptien au milieu du XVIIème s. av. J.-C. et le retour des Hébreux en Palestine sous la direction de Moïse, qui meurt avant d’atteindre cette terre promise, vers 1300-1200 av. J.-C. Ce IIème millénaire av. J.-C. est appelé l’époque des Juges. Le peuple hébreu est alors divisé en 13 tribus (et non 12 comme on le croit généralement) (11 portent le nom d’un frère de Joseph, arrière-petit-fils d’Abraham, 2 celui d’un fils de Joseph –Ephraïm et Manassé-). Ces 13 tribus vivent sur le territoire d’Israël (Eretz Israël = pays d’Israël en hébreu ; Israël est l’autre nom de Jacob, le père de Joseph, ainsi appelé parce qu’il combattit l’ange de Dieu lors d’une théophanie ; Israël = " celui qui a combattu dieu ", " el " dans les langues sémitiques) divisé en 12 territoires tribaux, les Lévites, affectés au service du Temple, n’ayant pas de territoire propre. Chaque tribu est dirigée par un Juge, à la fois chef militaire et religieux.

Certaines tribus s’éteignent tandis que d’autres s’imposent comme la tribu de Juda, installée à Jérusalem, dont David est issu et qui donnera son nom au peuple juif. L’unité des Hébreux se fait alors dans la lutte qui les oppose aux Philistins, l’un des Peuples de la mer venu d’Anatolie, à partir de 1050.

Débute alors l’époque des Prophètes qui voit se constituer deux royaumes juifs, ceux d’Israël et de Juda. Le premier, qui regroupe 10 des 12 territoires tribaux, avec pour capitale Samarie, sombre en 705 sous les coups des Assyriens du roi Sargon II. La plupart des habitants sont déportés et les seuls à demeurer sur place sont les ancêtres des Samaritains. Le royaume de Juda, qui est formé des territoires des tribus de Juda et de Benjamin, avec pour capitale Jérusalem, subsiste jusqu’en 586, date à laquelle le roi de Babylone Nabuchodonosor s’empare de Jérusalem et détruit une première fois le Temple. Les Juifs sont emmenés en captivité à Babylone. Il ne retrouvent Israël qu’en 538, après que Cyrus II, roi de Perse, eût battu les Babyloniens. Le temple est reconstruit. Les juifs subissent alors diverses dominations (perse, macédonienne, lagide, séleucide) et parviennent même à retrouver leur indépendance après les persécutions d’Antiochos IV qui avait cherché à helléniser Jérusalem (164 av. J.-C.). La dynastie des Macchabées (les " désignés ") s’impose jusqu’en 63 av. J.-C., date à laquelle Pompée met fin aux royaumes séleucide et hasmonéen (du nom de Mattathias, le chef de la révolte de 164). Les Romains placent à la tête de la Judée un iduméen, Antipater, qui inaugure la dynastie des Hérodes. C’est au cours du règne de son fils, Hérode (mort en 4 av. J.-C.) que naît Jésus de Nazareth. Le pouvoir romain se heurtera à plusieurs reprises au judaïsme, en Israël comme ailleurs (exil des juifs de Rome en Sardaigne ordonné par Tibère en 19 apr. J.-C. ; crucifixion de Jésus ; révolte de 66-70 apr. J.-C.). Titus, général romain fils de l’Empereur Vespasien s’empare de Jérusalem en 70 et détruit une seconde fois le Temple. Il ne sera pas reconstruit, sa reconstruction étant désormais liée à l’avènement du Messie. Seul subsiste un mur, dit des " Lamentations ". 1100 000 juifs périssent ou sont déportés à cette occasion ; c’est la diaspora. En 135 apr. J.-C., une autre révolte, suite à la visite d’Hadrien à Jérusalem, s’achève par la mort ou la déportation de la quasi totalité des juifs ; 10 000 seulement restent en Galilée ; Alexandrie est alors la première ville juive du monde. Jérusalem devient Aelia Capitolina. La diaspora juive se répartit un peu partout en Europe et autour du bassin méditerranéen, au gré des persécutions (confiscations en Angleterre en 1290, en France en 1394, chassés d’Espagne en 1492, instauration de ghetto juifs, du nom du quartier juif de Venise, le quartier de la Fonderie ou Ghetto en 1516 ; le Pape Paul IV déclare alors en 1555 : "Il nous paraît absurde et inadmissible d’étendre la charité et la tolérance chrétiennes aux Juifs, condamnés par Dieu à cause de leurs péchés à la servitude éternelle"). On distingue généralement la diaspora ashkénaze (de tradition palestinienne, juifs d’Europe) de la diaspora séfarade (de tradition babylonienne, juifs d’Espagne, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient). Il faut attendre le début du XXème s. pour que les juifs reviennent en masse en Israël, sous l’impulsion du mouvement sioniste de Theodor Hertzl. La publication en 1895 de son ouvrage l’État juif fait grand bruit. La " Déclaration Balfour " de 1917 (du nom du ministre britannique des Affaires étrangères) promet aux un foyer national en Palestine. Israël naît dans la douleur en 1948 après la Shoah. La suite est encore mieux connue.

Le christianisme.

Avec la crucifixion de Jésus commence l’âge apostolique, qui s’achève avec la mort de l’apôtre Jean sous le règne de Trajan (98-117 apr. J.-C.). Jusqu’en 42, la communauté chrétienne de Jérusalem se structure autour des douze apôtres, avec parfois des conflits avec l’autorité juive (lapidation d’Étienne en 36). A partir de 42, sous l’impulsion du néo-converti Paul de Tarse, les apôtres se dispersent pour rejoindre les groupes juifs de la diaspora et y répandre la bonne nouvelle. Les chrétiens ne sont pas encore distingués des juifs, notamment par le pouvoir impérial. Expansion et stabilisation de l’orthodoxie chrétienne (rédaction du Nouveau Testament, recueil des textes sacrés, définition des rites liturgiques). Le christianisme bénéficie alors des mêmes conditions favorables que les autres cultes gréco-orientaux dont il ne se distingue encore guère : excellence des moyens de communication dans un Empire romain stable et sûr, érosion de la religiosité traditionnelle romaine en occident, poliade en Orient car ne répondant plus guère aux interrogations spirituelle d’un monde en évolution intellectuelle rapide ; les philosophes et notamment les néo-platoniciens posent la question de l’immortalité de l’âme et les promesses eschatologiques de plusieurs religions orientales leur attirent la sympathie des fidèles. Qui plus est, la diaspora juive fournit à la chrétienté naissante de multiples foyers d’accueil. Cependant, le christianisme est en butte à plusieurs obstacles : concurrence des religions orientales (cultes métroaque, mithriaque, isiaque) qui l’emportent au IIIème s. et se rejoignent dans le culte syncrétique du Soleil en faveur à la fin du IIIème et au début du IVème s. ; opposition des juifs qui veulent limiter les conversions ; opposition des intellectuels grecs à une religion qui prétend tout expliquer en dehors de la raison.

C’est alors l’âge dit des martyrs (" témoins " en grec) qui dure jusqu’à la " conversion " de l’Empereur Constantin en 313. En vertu d’un rescrit (" décret " ) de Trajan de 112, il est possible de condamner ceux qui, accusés régulièrement, se reconnaissent chrétiens et refusent de mettre de l’encens sur l’autel de Rome, acte païen par excellence. Celui-ci sera peu appliqué et les persécutions de chrétiens fort peu nombreuses. Moins de 10 000 tués en deux siècles selon les estimations les plus fiables ; le critère religieux n’était d’ailleurs pas toujours le seul en cause, sauf peut-être durant les troubles d’Alexandrie de 303-313.

En 313, l’édit de Milan instaure la liberté totale des cultes. La foi chrétienne des empereurs suivants est assurée, et la conversion des cités se fait progressivement. C’est en 368 qu’un décret de Valentinien I mentionne pour la première fois le terme pagani (" ruraux ", a donné aussi paysans) pour désigner les non-chrétiens, preuve sans doute que la christianisation des villes était acquise. En 380, l’empereur Théodose déclare le culte catholique obligatoire et en 391, les cultes païens (donc non-chrétiens) sont abolis. Le Sarapeum d’Alexandrie, le plu grand temple de l’antiquité est détruit à cette occasion par les chrétiens de la ville.

Au IVème s., l’Empereur d’Orient résidant à Constantinople (construite en 330) et celui d’Occident à Ravenne pour mieux lutter contre les Goths, Rome se retrouve aux mains du Pape et devient la ville principale de la chrétienté. L’Europe se convertit petit à petit entre le Vème et le Xème s., tandis qu’une grande partie de la Méditerranée s’islamise à partir du VIIème s.

En 1054, l’Église d’Orient rejette l’autorité du Pape et donne naissance à l’orthodoxie.

Les siècles suivants sont marqués par la reconquête du sud de l’Europe occidentale par les chrétiens, par la lutte avec les Musulmans pour la possession de Jérusalem, puis par l’expansion du christianisme avec les grandes explorations.

Au XVIème s., la Réforme détache une nouvelle partie des chrétiens de la Papauté.

Mais la colonisation et les missions vont évangéliser une grande partie de la planète, de la Corée du Sud au Mexique et faire du christianisme l’une des religions les plus répandues sur terre.

 L'islam.

 Après la mort de Mahomet en 632, 5 califes (" vicaires " ou " lieutenants " du Prophète) issus de sa famille dirigent spirituellement et temporellement les musulmans. Il s’agit d’Abou Bakr (632-634) l’un de ses beaux-pères, d’Omar (634-644) un autre de ses beaux-pères, d’Othman (644-656) son gendre, d’Ali (656-661) un autre gendre et de Hassan (661) fils d’Ali. Les chiites (de l’arabe chi’at " parti ") contestent l’élimination d’Ali et considèrent qu’un calife ne peut être que le descendant de Fatima, épouse d’Ali et fille de Mahomet ; ils se sont séparés des sunnites pour des raisons autant politiques que religieuses. En 661, Hassan abdique en faveur du gouverneur de Syrie, Mu’âwiya, qui fonde la dynastie des ommeyyades et fait de Damas la capitale de l’empire musulman. La rupture est consommée entre chiites et sunnites.

En 661, les musulmans ont conquis la Syrie (635), la Perse et l’Égypte (642), l’Abyssinie (647).

La dynastie ommeyyade conquiert l’Afrique du Nord, l’Espagne entre 713 et 720 et même la Septimanie (Aquitaine actuelle) en 730-732. Au califat ommeyyade succède la califat abbasside de Bagdad qui dominera le monde musulman jusqu’à son élimination par les Mongols en 1258. De nombreuses dynasties s’installent et se succèdent dans un monde musulman de moins en moins unitaire, où la proportion d’Arabes ira diminuant au fil des siècles (conversion des Perses, des Turcs d’Asie centrale, de divers peuples du sous-continent indien, des peuples de l’Indonésie actuelle, des tribus nord-africaines et sub-sahariennes, etc...). Moins d'un tiers des musulmans sont arabes; et un certain nombre d'Arabes (au Liban notamment), sont chrétiens.

 


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Dernière mise à jour : 23/06/06