Religions et Etats

Développer à ce moment-là au moins deux autres exemples de relations entre États et Religions et élaborer une typologie.

 Les documents d’accompagnement soulignent que "la situation de la religion par rapport à l’État et aux lois qui règlent les relations sociales est un aspect essentiel de l’étude" (p. 9). Le cas de la France laïque se doit d’être abordé en classe.

Il faudrait cependant éviter tout schématisme, tout manichéisme dans le traitement de cette partie.

Concernant les juifs, on songe évidemment à Israël mais on pourrait tout aussi bien travailler sur les rapports entre les juifs étatsuniens et l’état fédéral. Concernant les musulmans, il paraît nécessaire, si l’on veut ne pas sombrer dans le partisanisme, de présenter aussi bien l’Iran des ayatollahs que la Tunisie laïque, l’Arabie saoudite que la Turquie.

  Je développerai ici quelques remarques concernant les rapports entre judaïsme et État (en Israël mais aussi dans la Diaspora), puis islam et État (à partir de l’exemple de la Turquie).

 Jusqu’à l’émancipation des juifs, acquise et diffusée à partir de la Révolution française, les communautés vivaient toutes selon la halakha, la loi religieuse traditionnelle, observance de commandements, les mitsvots, écrits (ceux de la Torah) et oraux (ceux consignés dans le Talmud – la Michna = enseignement des grands sages + la Guemara = son commentaire-). A partir de 1791, en principe, le juif s’est retrouvé face à un choix qui ne se posait pas à lui jusqu’alors.

  1. Rester un observant orthodoxe des mitsvots, à des degrés divers.
  2. Opérer une sélection parmi les mitsvots à observer : deux tendances : les massortiim (de massoret = Tradition) d’Afrique du Nord et les " juifs libéraux " de l’Allemagne du milieu du XIXème s., bientôt émigrés en Angleterre puis aux États-Unis où ils constituent l’immense majorité de la population juive nord-américaine (deux branches principales : les reform communities et les conservative communities).
  3. Abandonner l’observance des mitsvots tout en continuant de participer à un certain nombre de commémorations religieuses afin d’affirmer son appartenance à la communauté juive. On les appelle " juifs laïcs ".
  4. S’assimiler totalement à le communauté nationale d’appartenance en niant son identité juive.

 

Dans la Diaspora, la tendance est à la laïcité ou à l’assimilation.

En Israël, la situation est plus complexe. Dès avant 1948, la très grande majorité de la population juive était laïque, à quelque degré que ce soit. Le parti de Ben Gourion, le Mapai, sioniste-socialiste, souhaitait mettre sur pied un état juif moderne, démocratique, à l’occidentale, où, selon le modèle français, il y aurait séparation entre la religion et l’état, où les rabbins seraient circonscrits dans la synagogue et où le droit constitutionnel prévaudrait sur la Torah.

Mais un grave problème s’est posé à Ben Gourion : un état strictement laïc placerait les juifs religieux dans une sorte d’exil intérieur, voire les contraindrait à quitter Israël, ce qui était bien sûr inconcevable. Dans son souci d’unité nationale, il a donc promis, dans une lettre célèbre adressée au grand rabbin de Jérusalem à la veille de la création de l’état que :

le shabbat et les jours fériés seraient chômés ;

les lois alimentaires seraient respectées dans toutes les cantines dépendant de l’état ;

l’état civil et le statut personnel de l’individu seront gérés par les instances rabbiniques (il n’y a donc pas de mariage civil en Israël);

les courants d’éducation religieuse seraient subventionnés par l’état.

Qui plus est, dans la démocratie israélienne, deux ou trois partis religieux ont toujours su être suffisamment représentatifs pour être l’indispensable appoint politique à l’un des deux grands partis laïcs (Travailliste et Likoud) hors union nationale et les obliger à maintenir ce statu quo.

Actuellement, avec toutes les précautions possibles, on estime qu’en Israël, 50% de la population juive est laïque, 30% est traditionaliste (massortiim) et 20% religieuse.

 

 Autre cas de figure, celui de la Turquie. Nous avons vu tout à l’heure que la laïcisation de la République française n’avait pas été un facteur de déchristianisation. En revanche, pour la Turquie, on peut réellement parler de désislamisation. Mustafa Kémal ne sépare pas seulement la religion de l’état, il soumet la première au second. Comparons un extrait du manifeste de l’ayatollah Khomeini (1979) avec un extrait de discours de M. Kémal (1925).

Khomeini : " Le gouvernement de l’Islam est celui de la Loi, la Loi est le décret et l’ordre de Dieu (…) le pouvoir appartient exclusivement à Dieu " in Manifeste de l’Ayatollah, Paris 1979 p. 54.

Kémal : " Nous avons reçu notre inspiration, non pas du ciel, mais directement de la vie (…) Nous puisons notre force dans la science et la civilisation contemporaine " in Atatürk, vie et œuvre, UNESCO 1981, p. 234.

M. Kémal applique en quelques années une laïcité absolue dans tous les domaines :

politique : sultanat et califat abolis, république proclamée, religion d’état supprimée ;

social : charia remplacée par des lois de type occidental, polygamie abolie, femme réhabilitée ;

culturel : consommation publique d’alcool autorisée, changement vestimentaire, alphabet arabe abandonné, changement de calendrier ;

 En quinze ans, la religion musulmane, en tant que force politique, est entièrement démantelée, au profit d’une laïcité intransigeante. A partir de 1948, un certain nombre de concessions sont opérées sur les réformes laïques (retour des cours de religion dans l’enseignement, création de partis religieux –le Parti du Salut National en 1972-, le Parti de la Prospérité –Refah-, …) mais l’armée demeure garante de la laïcité kémaliste, une armée que M. Kemal avait muselée en supprimant même le droit de vote aux militaires, qui ne le récupérèrent qu’en 1961.

 

 Remarques conclusives à caractère typologique :

Seuls quatre états au monde sont juridiquement laïcs : La France, le Mexique, la Turquie et le Japon (sous la pression américaine désireuse de couper le peuple du Shintoïsme et de l’Empereur).

Les états communistes étaient plus anticléricalistes que laïques, se fondant sur un athéisme scientifique.

La majorité des pays sont aujourd’hui sécularisés (c’est-à-dire que la législation du pays n’est pas souchée sur le droit religieux, quel qu’il soit) mais pas laïcs ; certains ont même une religion officielle (Danemark, Grèce, Irlande), d’autres une religion reconnue (Espagne, Italie, Royaume-Uni : la reine d’Angleterre est chef de l’Eglise anglicane, le Président des Etats-Unis prête serment sur la Bible, etc.).

Quelques-uns sont des théocraties (Iran, Afghanistan, etc.).


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Dernière mise à jour : 23/06/06