Le fait religieux en France vers 1860

1er moment : le fait religieux en France vers 1860.

A partir d’un tableau, dépeindre la situation au milieu du XIXème s.

A partir d’un document écrit, exposer les raisons de la déchristianisation de la société française, laquelle est loin d’être uniforme.

Quelques remarques :

- L’attachement aux rites majeurs du catholicisme qui marquent les étapes de la vie (baptême, mariage, obsèques) n’est pas contestable ; la morale dominante est celle du christianisme, même au sein de l’école laïque.

- La déchristianisation du monde rural, progressive, est ancienne et remonte bien avant la Révolution. Elle semble s’accélérer cependant à partir de 1860, notamment dans le Bassin parisien. Une enquête réalisée en 1880 dans le diocèse de Versailles (citée par J.-M. Mayeur, Les débuts de la IIIe République, p. 136-137), ordonnée par les autorités ecclésiastiques locales indique que le taux d’assistance à la messe est inférieur à 30% chez les assujettis et que la pratique pascale est inférieure à 14% ; il est très faible chez les femmes mariées et quasi nul chez les hommes.

- La presse, le service militaire, l’instruction ouvrent des horizons nouveaux ; l’enrichissement, l’amélioration des conditions de vie apporte un nouveau système de valeurs qui est totalement étranger à l’Église qui est alors associée aux milieux conservateurs de l’époque.

- En milieu urbain, la déchristianisation touche fortement les ouvriers (aux exceptions notables des milieux miniers et textiles, où l’Église est encore très présente). Les raisons en sont complexes : vieille tradition anticléricale remontant à la Révolution et même au-delà dans le monde artisan ; le prêche de la résignation, pour les pauvres, et de l’aumône, pour les riches, a joué en défaveur du catholicisme ; le clergé, d’origine rurale, connaît mal le monde ouvrier ; les paroisses sont trop grandes et les prêtres inégalement répartis (en 1877, les deux paroisses St-Ambroise et St-Joseph au faubourg St-Antoine à Paris comptent respectivement 66 000 et 54 000 habitants (Mayeur, op. cit. p. 138) ; qui plus est, la rigidité du Concordat ne permet guère la création de nouveaux lieux de cultes ; enfin, le clergé s’est tellement rapproché de la bourgeoisie qu’il s’est en partie coupé du monde ouvrier.

- Toujours en milieu urbain, le sentiment religieux de la bourgeoisie est délicat à définir en quelques mots. On peut cependant dissocier, et ce jusqu’en 1880-1890, une bourgeoisie ancienne, souvent provinciale, qui s’est rapprochée de l’Église depuis la Restauration, d’une bourgeoisie plus récente, style Second Empire, plus indifférente sinon hostile à l’Église, notamment après la publication de l’encyclique Quanta Cura et de son annexe le Syllabus par le Pape Pie en 1864. S’appuyant sur les ultramontains qui défendent la toute-puissance du Pape sur le particularisme des Églises nationales (représenté en France par le gallicanisme) il rejette les idées nouvelles, condamne la laïcité et les régimes démocratiques, ce qui l’amène à définir l’infaillibilité pontificale en 1870 à l'issue du concile du Vatican.

- On peut remarquer également que la politique de laïcisation n’est pas compatible, chronologiquement, avec la déchristianisation ; elle l’accompagne, l’amplifie ; elle pourrait presque en être une conséquence plutôt qu’une cause.

- Le pontificat de Léon XIII, à la fin du XIXème s. (1878-1903), modifie la situation. Le ton plus moderne, plus en symbiose avec l’esprit de cette fin de siècle entraîne un renouveau du catholicisme, un nouvel élan parmi les écoliers, les premiers succès de la Démocratie chrétienne, enfin, quelques conversions retentissantes. Le Pape impose, en 1892, le ralliement des catholiques français à la République et incite les chrétiens à réfléchir au développement industriel et à la misère du prolétariat. Naît alors ce que l’on appelle le catholicisme social dont les objectifs sont l’amélioration de la condition ouvrière et la réconciliation entre le monde du travail et l’Église. Albert de Mun tente de créer un grand parti catholique social, Marc Sangnier fonde le Sillon en 1894 (condamné en 1910 par Pie X, il se soumet à l’autorité du Pape).

 - Mais la pratique n’est qu’un des signes de la vitalité religieuse d’une population.

On doit considérer également les aspects de la dévotion et les marques de la spiritualité qui sous-tendent le climat religieux.

C’est l’époque de la construction des dernières grandes cathédrales (le Sacré-Cœur à Paris, Notre-Dame de Fourvière à Lyon), incarnation d’un catholicisme intransigeant exaltant le culte de la douleur et de l’expiation.

Parallèlement, parmi les couches les plus populaires, se développe un catholicisme vigoureux en lutte contre les valeurs libérales d’un pouvoir laïc. Les congrégations, les œuvres catholiques, un clergé plus jeune et plus populaire encouragent le renouveau du culte marial et des saints.

Les miracles acceptés se multiplient et prennent un retentissement considérable (les apparitions de Marie à Bernadette Soubirou se placent en 1858).

Le culte des saints déborde parfois même les garde-fous de l’autorité ecclésiastique et les ex-voto se multiplient dans les églises.

On assiste, entre 1880 et 1910 à l’explosion d’un catholicisme populaire qui explique en partie pourquoi Église a traversé finalement aussi bien la tourmente anticléricale des débuts de la IIIème République. En 1900, il y a 3 fois plus de religieux qu’en 1789 pour une population multipliée par 1,5.

- Ce renouveau n’a pas interrompu le processus de déchristianisation, tout au plus l’a-t-il enrayé.

Favorisé par la retombée, après 1890, de la vague anticléricale, par l’application très tolérante de la législation laïque par les " progressistes " alors au pouvoir, ce phénomène se traduit, par exemple, par une reprise des vocations, notamment dans les pays de chrétienté.

En fait, ces divers mouvements vont accroître le contraste entre les terres de chrétienté et les autres.

De plus, en proposant une sorte de contre-société au libéralisme, le catholicisme français de la fin du XIXème s. accentue la coupure entre les femmes qui privilégient sensibilité et sentiment religieux et les hommes qui rejettent massivement le cléricalisme et les vertus d’obéissance et d’infériorité qu’il véhicule.

Les tentatives de restauration d’une société chrétienne par le Pape Pie X (élu en 1903), le renforcement de son autorité sur l’épiscopat favorise les courants intégristes au détriments des modernistes qui, comme l’abbé Loisy, sont condamnés et excommuniés (en 1908 ; il est nommé Professeur d’histoire des religions au Collège de France en 1909).

La coupure est nette entre les comités catholiques qui regroupent magistrats, anciens officiers, propriétaires et les autres. Ce qui ne sera pas sans conséquences dans la tourmente de la Première Guerre Mondiale.

 

Résumons-nous. L’anticléricalisme républicain est d’abord une réaction politique contre l’emprise sociale et politique de l’Église sur la société. Il peut s’agir également d’un anticléricalisme militant, élaborateur de sa propre idéologie (refus du baptême, mariages et enterrement civils, manifestations antireligieuses, perturbation d’actes rituels religieux, etc.) et touchant des milieux fort divers (ouvriers et artisans blanquistes, paysans du Centre, bourgeois des petites villes de province). La société de la Libre-Pensée est créée au Mans en 1883, en marge des loges maçonniques. Mais ceci est une autre histoire.

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Dernière mise à jour : 23/06/06