1. 2. Éléments pour une problématique

 

Il y a cent ans, la division du continent africain entre les puissances européennes et la répartition des sphères d'influence attribuées à celles-ci, se trouvaient consacrées sur le terrain après la confrontation de Fachoda qui opposa, en 1898, la France à la Grande-Bretagne. L'Angleterre apparaissait alors comme la première puissance européenne d'Afrique, qui contrôlait la route du Cap au Caire. L'Italie était marginalisée après sa défaite à Adoua dans la guerre d'Éthiopie, le Portugal solidement installé en Angola et au Mozambique. La France, elle, disposait, depuis la Méditerranée jusqu'à l'Afrique centrale, d'une grande verticale maghrébine et centre-africaine.

Aujourd'hui, l'Afrique aborde le troisième millénaire et la globalisation après une évolution foudroyante et l'élimination des liens qui la rattachaient à l'Europe. La France a perdu le contrôle de l'immense espace saharien et des abords méditerranéens du Maghreb. Les temps sont également révolus où le Commonwealth britannique apportait à la communauté anglo-saxonne sa domination indiscutée sur la vallée du Nil, la côte occidentale de l'Afrique et les vastes richesses minières de l'Afrique du Sud. Quant à la Belgique, son règne éphémère dans le bassin du Congo n'est plus qu'un souvenir. Le mouvement vers l'indépendance des États Africains s'est étendu au continent tout entier.

Cependant, la mutation africaine souhaitée au cours des années 50 ne s'est pas réalisée comme certains l'avaient voulue et espérée. L'explosion démographique, entre autres, a bouleversé toutes les données. La population africaine a triplé en un siècle et le continent compte plus de 500 millions d'habitants (12,5 % de la population mondiale). Des villes gigantesques apparaissent, telles que le Caire, Kinshasa, Lagos, Johannesburg, Dakar, Nairobi… . La pression rurale sur les sols disponibles devient, elle aussi, explosive. Or, pour faire face à cet accroissement démographique de l'ordre de 2,5 à 3,7 % par an et à une montée de l'urbanisation de 4 à 5 % par an, le taux de croissance annuel brut est insuffisant.

Le continent africain apparaît pourtant comme une immense réserve de ressources de tous ordres et, dans les domaines agricoles ou miniers, des profits considérables y ont été réalisés depuis des décennies, généralement par des entreprises européennes. Ces énormes richesses n'ont cependant guère profité à une population encore en marge du développement. L'importance économique des matières premières végétales ou minérales traditionnelles n'a d'ailleurs pas cessé de diminuer, y compris en ce qui concerne l'or, le diamant et l'uranium dont l'intérêt stratégique n'est plus le même. De nos jours, seule l'Afrique du Sud représente une puissance minière et industrielle, sinon agricole, incontestable. Dans une période plus récente, l'apparition massive des ressources énergétiques tirées des hydrocarbures et des gisements de gaz naturel constitue un facteur décisif dans les nouveaux rapports économiques et politiques qui s'instaurent. Déjà des États comme l'Algérie et le Nigeria (5e producteur de l'OPEP), demain sans doute le Tchad, la République Démocratique du Congo ou l'Angola, sont entièrement conditionnés par l'exploitation de leurs propres ressources, tant sur le plan régional que dans leurs relations avec des partenaires autres que leurs voisins.

La globalisation, en effet, détermine l'évolution politique et sociale des États africains. Ceux-ci n'en demeurent pas moins affectés par de profondes fractures tribales, ethniques, religieuses et même linguistiques qui n'ont pas été atténuées par la présence coloniale, bien au contraire. Sans la manne pétrolière, par exemple, le Nigeria n'existerait plus. Ce sont en effet les revenus tirés du pétrole qui ont permis aux nordistes d'entretenir une armée puissante et bien équipée dont la principale tâche - en dehors du racket - était de veiller à l'intégrité de la Fédération (36 États), c'est-à-dire au maintien du sud pétrolier dans le giron haoussa-fulani.

Après la décolonisation, après la disparition des blocs qui, pendant plus d'un demi-siècle, avaient fait de l'Afrique un enjeu de leur combat planétaire, celle-ci retrouve son histoire. Bien qu'elles aient été déclarées intangibles par les Africains eux-mêmes lors de l'indépendance, les frontières, héritées de la colonisation, engendrent des risques de conflits locaux ou régionaux dont l'actualité vérifie sans cesse la réalité.

Les États africains peuvent-ils, par des regroupements régionaux, réussir à constituer des ensembles plus stables ? Renforceront-ils leurs liens avec l’Europe, ou les Etats-Unis, avec le monde musulman ? Comment l'Afrique du Sud gérera-t-elle les choix difficiles que lui impose l'avenir de sa démocratie et de sa prospérité? La globalisation s'impose mais les évolutions politiques (fin des partis uniques, des conflits armés, progrès de la démocratie, …), sociologiques (tribalisme plus ou moins fort, entre autres) et religieuses en conditionneront aussi les modalités.

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Dernière mise à jour : 23/06/06