V LA NOUVELLE EUROPE 1918-1936

Les vainqueurs réunis à Paris à partir du 18 janvier 1919 sont divisés. Les intérêts divergent.

Le président américain Wilson veut imposer une paix fondée sur la justice et le droit, qui respecterait les nationalités, inciterait au désarmement et assurerait la liberté de navigation et d’échanges. Le texte, en quatorze points, est célèbre.

Clémenceau, pour assurer la sécurité de la France, cherche à détacher de l’Allemagne les pays rhénans.

Lloyd George ne souhaite pas, pour sa part, affaiblir l’Allemagne pour maintenir l’équilibre européen et contenir la menace bolchevique.

Les Italiens, les Grecs et les Roumains ne cherchent qu’à agrandir leurs territoires respectifs, conformément aux promesses reçues lors de leur entrée en guerre aux côtés des Alliés.

Les différents traités qui sont signés en 1919 et 1920 bouleversent la carte de l’Europe :

- le traité de Versailles signé le 28 juin 1919 enlève à l’Allemagne toutes ses colonies et environ 15% de son territoire : l’Alsace et la Lorraine sont rendues à la France, le Schleswig au Danemark; Eupen et Malmédy sont cédés à la Belgique et la Posnanie ainsi que le "corridor" de Dantzig sont concédés à la Pologne;

- les traités de Saint-Germain-en-Laye (10 septembre 1919) et du Trianon (4 juin 1920) démembrent l’Autriche-Hongrie et de nouveaux États apparaissent : Autriche, Hongrie, Tchécoslovaquie, royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes (la future Yougoslavie de 1928); d’autres accroissent leur territoire comme la Roumanie qui reçoit la Transylvanie et l’Italie qui obtient l’Istrie avec Trieste;

- le traité de Neuilly (27 novembre 1919) supprime à la Bulgarie son accès à la mer Égée, la Grèce récupérant la Thrace;

- le traité de Sèvres (10 août 1920) ampute l’Empire ottoman de tous ses territoires arabes, confiés sous forme de mandats à la France et à la Grande-Bretagne, de l’Arménie et du Kurdistan;

- enfin, la Pologne est reconstituée à partir de territoires pris à l’Allemagne, à l’Autriche-Hongrie et à la Russie.

Mais les problèmes n’en sont pas réglés pour autant. Les traités, imposés aux vaincus, suscitent des réactions de rejet, notamment de la part des Allemands. Les Italiens s’insurgent contre le fait que les terres irrédentes ne leur aient pas été attribuées. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes n’est que partiellement appliqué. Certaines situations contiennent les germes de conflits futurs :

- la Tchécoslovaquie compte 6 millions de Tchèques, 3 millions de Slovaques, 3 millions d’Allemands et d’importantes minorités ruthène, hongroise et polonaise;

- il est interdit à l’Autriche d’espérer un quelconque rattachement à l’Allemagne (Anschluss);

- au Proche-Orient, les Britanniques ne tiennent pas les promesses faites avant la guerre de créer un grand royaume arabe et d’établir en Palestine un foyer national juif (déclaration Balfour de 1917);

- certains territoires sont intenables (Dantzig).

Si bien que le début des années 20 voit la remise en cause, par la force le plus souvent, des traités :

- en Turquie, le Sultan, signataire de la paix, est déposé par Mustapha Kemal qui se lance dans une guerre victorieuse contre les Grecs, pourtant soutenus par les Britanniques. A l’issue du traité de Lausanne (juillet 1923), la Turquie récupère la Thrace orientale et l’intégralité de l’Asie mineure, où il n’est plus question ni d’indépendance pour l’Arménie ni d’autonomie pour le Kurdistan. On assiste pour la première fois au XXè s. à des déplacements autoritaires de populations puisque les minorités turques de Grèce sont échangées contre les minorités grecques de Turquie (aux 900 000 Grecs d’Asie mineure et aux 250 000 Grecs de Thrace s’ajoutent 200 000 Grecs de la région d’Istanbul échangés contre 360 000 Turcs; en moins d’un an, la Grèce, peuplée de 5,5 millions de personnes, doit intégrer plus d’un million de réfugiés : la Macédoine, grecque à 42% en 1920, l’est à 90 % en 1926).

- en 1919 des nationalistes italiens conduits par le poète Gabriele d’Annunzio occupent Fiume (Rijeka, en slovène); la cité est érigée en ville libre en 1920 par la SDN. Mussolini s’en empare en 1922 et l’annexe en 1924.23/06/06"Courier New, Courier, mono" size="2">- en 1920, la Pologne annexe la ville de Vilno (Vilnius, aujourd’hui capitale de la Lithuanie) et en 1923, la Lithuanie fait de même avec la ville libre de Memel.

- quant à la Russie, ignorée par les différents traités de paix pour cause de prise du pouvoir par les bolcheviques, elle doit reconnaître en 1920 l’indépendance de la Finlande et des trois États baltes; elle cède en outre la Bessarabie à la Roumanie. Enfin, la frontière orientale de la Pologne n’ayant pas été clairement tracée, un conflit s’engage entre la Pologne, soutenue par la France, et la Russie. Le traité de Riga (mars 1921) établit une frontière qui place sous contrôle polonais aussi bien des Biélorusses (Russes blancs, c’est-à-dire de l’Ouest) que des Ukrainiens. La poussée russe vers les Balkans et la Baltique est stoppée nette.

Force est de reconnaître que l’Europe qui se dessine dans les années 20 est un espace géopolitique très complexe, - balkanisation de l’Europe centrale et sud-orientale, "corridor" intenable de Dantzig, enchevêtrement des nationalités (les Hongrois, par exemple, sont répartis entre 4 États souverains) -, fragmenté - l’Allemagne est scindée en deux territoires non jointifs - et fort instable qui porte en germes les prémices de la Seconde Guerre Mondiale.

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auteur :Laurent Bricault   retour au sommaire Terminale Bac Pro
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Dernière mise à jour : 23/06/06