AZROU, dans
le Moyen-Atlas marocain :
une ville moyenne
d'Afrique du Nord
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Ici, dans ces montagnes du
Moyen-Atlas où il tombe de 1 à 2 mètres
de neige chaque hiver, la vie est dure, mais les gens n'ont
pas l'habitude de se plaindre. Tous se disent " génétiquement
berbères ", ce qui ne les empêche pas de
se sentir Marocains, et s'ils doivent quitter la région
pour trouver un emploi, c'est presque toujours à regret.
" Les investissements se font sur la côte, à
Rabat, Casa, et Tanger, et nous, on n'existe pas ", soupirent-ils,
désabusés, avec le sentiment que " les
secteurs à 100 % berbères sont encore plus délaissés
que les autres ". Azrou (" le rocher ") tire
son nom de l'impressionnant pic autour duquel cette localité
a été bâtie. Perchée à 1
400 mètres d'altitude, c'est une ville de 60 000 habitants,
non dénuée de charme avec ses toits de tuiles
vertes, ses nids de cigogne en haut des cheminées et
le chant du muezzin qui, cinq fois par jour, se mêle
au braiment des ânes.
Moutons à perte de vue, pommiers et forêt de
cèdres : telles sont les ressources de la région.
Toute production locale, y compris le bois, est envoyée
sur la côte atlantique pour y être traitée,
au grand désespoir des habitants qui attendent une
industrie comme le messie. Le taux de chômage tourne,
selon les élus, autour de 60 %. L'analphabétisme,
celui des femmes surtout, atteint également des records
: 70 % à 80 %
Et pourtant la plupart des gens affirment avoir l'intention
de voter aux législatives du 27 septembre
Ce
soir, Ouhali Hamou, physique de jeune premier et tête
de liste du Front des forces démocratiques, (une formation
de gauche), organise une réunion d'information à
l'intention des femmes, dans le petit village d'Aïn Leuh.
Elles sont une trentaine, en djellabas multicolores, au premier
étage d'une masure, à entourer l'orateur et
à lui exposer leurs problèmes. Aucune ne porte
le voile ni même le foulard islamique. Un petit fichu
noué sur la tête fait l'affaire. Les islamistes
ne font pas recette dans les campagnes marocaines, à
l'inverse des agglomérations et des bidonvilles...
Très à l'aise, les participantes interpellent
ce vétérinaire de profession, enseignant à
l'Institut agronomique de Rabat. Que compte-t-il faire pour
le réseau d'assainissement des eaux du quartier ? Et
pour les ordures qui traînent dans la rue ? Le candidat
député tente de leur expliquer que ces questions
ne sont pas de son ressort, mais les femmes ne veulent rien
entendre.
Florence Beaugé. Le Monde. 26 septembre 2002. |
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| La
population d'Azrou
| 1931 |
2
900 |
| 1960 |
14
143 |
| 1982 |
31
000 |
| 1994 |
40
808 |
| 2002 |
60
000 |
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A Azrou, on l'appelle "
l'émigré ". Depuis trente ans, Ali Laadimi,
48 ans, vit un pied au Maroc, un pied en France, tout en
n'ayant que la nationalité marocaine. Son métier
de transporteur lui permet de passer facilement d'un côté
à l'autre de la Méditerranée. Son épouse
et leurs six enfants, eux, résident à Avignon
" Le Maroc, c'est mon père, et la France, c'est
ma mère ", explique l'intéressé,
dans un assaut de candeur. " Je suis toujours partagé
entre l'un et l'autre, et je prie le ciel pour qu'ils ne
divorcent jamais ! " S'il souffre de quelque chose,
c'est de se sentir " mal vu, comme tous les émigrés
" , chaque fois qu'il revient dans son pays natal.
Ce que lui reprochent ses compatriotes ? De faire grimper
les prix, chaque été, lorsqu'il rentre au
" bled ", à l'occasion des vacances, en
même temps que quelque 8 000 à 10 000 autres
Marocains. " De la mi-juin jusqu'à début
septembre, je reconnais que c'est l'enfer pour les habitants
d'Azrou. Les commerçants en profitent pour doubler
leurs prix, et ça crée un conflit entre les
deux communautés. Les poulets augmentent de 30 %
à 40 %, les légumes de 20 %, la viande même
chose... "
On lui en veut d'" avoir perdu l'habitude de discuter
les prix " et d'aller dans les supermarchés
" où on remplit son caddy sans se poser de questions
". Il voit les regards, quand il sort ses euros et
qu'on lui fournit en échange " une masse de
dirhams ". Il a conscience qu'on l'envie, lui et tous
les émigrés, " à cause de nos
voitures, de nos femmes, et de nos belles maisons ".
" Mais moi , ajoute-t-il, j'ai toujours envie de leur
dire qu'en France, on n'a pas le sens de la vie. On travaille
de 8 heures à midi, et de 2 heures à 6 heures.
On ne connaît pas notre voisin de palier, même
à Avignon qui est pourtant une ville que j'aime bien.
Avec peu, au Maroc, nous sommes heureux. Avec beaucoup,
en France, nous sommes malheureux." Et mal compris,
des deux côtés.
Florence Beaugé. Le Monde. 26 septembre 2002
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Photographies/ C. Charles- A.
Le Pape- M. Thébault |