Vivre et travailler au Creusot

Extraits du règlement des usines du Creusot (1900)

Art. 17 - II est défendu aux ouvriers, dans l'usine :

1 ° De modifier les conditions prescrites pour le travail, et de détourner, même au profit de la fabrication, les objets de consommation tels que houille, fer, fonte, ferraille, etc.

3° De lire des imprimés, journaux et autres publications, de former des groupes, de chanter et de se livrer à des manifestations quelconques

.Art 20 - Les infractions au présent règlement, énumérées ci-après, [...] peuvent entraîner le renvoi : absences non motivées (répétées ou prolongées), insubordination, manque de respect. [...] Mauvaise volonté ou négligence dans l'exécution du travail Abandon de son poste. Insultes et menaces entre ouvriers. [...] État d'ivresse à l'atelier.[...] Vol au préjudice d'un ouvrier (ou) de l'usine. [...]. Dégradations volontaires. Toute manouvre tendant à fausser le rendement du travail.

Communication d'un secret de fabrication. Reproduit dans J-A. Roy, Histoire de la famille Schneider et du Creusot Marcel Rivière, 1962

Les idées sociales de Henri Schneider

- Pensez-vous qu'il ne faut pas de l'argent pour faire marcher une "boîte" comme celle-ci ? A côté du directeur, de la tête, il y a le capitaliste... qui aboule la forte somme... Le capital qui alimente tous les jours les usines des outillages perfectionnés, le capital sans lequel rien n'est possible, qui nourrit l'ouvrier lui-même ! [.]

- Mais si l'ouvrier qui a des instincts d'économie et qui gagne cent sous par jour a cinq enfants et une femme à nourrir, comment mettra-t-il de l'argent de côté ? Bibi n'aura-t-il pas plutôt faim ?

M. Schneider leva les bras et les épaules d'un air qui signifiait : qu'y faire ? [.] Ça, c'est une loi fatale..., On tâche, ici, de corriger, le plus qu'on peut, cette inégalité...[.] Mes ouvriers me montrent bien qu'ils sont contents de moi, puisqu' à chaque occasion qui s'offre à eux, ils témoignent de leur confiance...

- Oui, je sais, ils vous ont nommé député, conseiller général et maire [.]

L'intervention de l'Etat ?

- Très mauvaise ! très mauvaise ! Je n'admets pas un préfet dans les grèves ; c'est comme la réglementation du travail des femmes et des enfants; on met des entraves inutiles, trop étroites, nuisibles surtout aux intéressés qu'on veut défendre, on décourage les patrons de les employer et ça porte presque toujours à côté. La journée de huit heures ? Oh ! je veux bien ! dit M. Schneider, affectant un grand désintéressement, si tout le monde est d'accord ; je serai le premier à en profiter, car je travaille souvent moi-même plus de dix heures par jour... seulement les salaires diminueront ou le prix des produits augmentera, c'est tout comme ! Au fond, voyez-vous, la journée de huit heures, c'est encore un dada, un boulangisme. Dans cinq ou six ans, on n'y pensera plus, on aura inventé autre chose. Pour moi, la vérité, c'est qu'un ouvrier bien portant peut très bien faire ses dix heures par jour et qu'on doit le laisser libre de travailler davantage si cela lui fait plaisir.

Jules Huret Enquête sur la question sociale en Europe. - Paris Perrin 1897 p26-34

Documentation photographique 6005, Patrons et Ouvriers au XIX°, 1973

" Dans cette ville où les rues, les places, les monuments, tous les édifices publics sont la propriété de M. Schneider; dans cette ville où l'on voit les petits gamins qui se rendent à l'école, porter le ceinturon aux armes de M. Schneider (1), dans cette ville où tout rappelle la domination du grand maître de forges, dans cette ville où s'élève le château de la Verrerie (2), symbole de la domination la plus odieuse qui soit : (...) M. Schneider, révolté de voir que ses milliers d'ouvriers, dans la liberté du scrutin, l'avaient battu [lors des élections municipales de 1931 (3), deux opposants sont entrés au conseil municipal], a alors chassé un certain nombre d'entre eux, pour obliger les autres à se soumettre, il a décimé son personnel désormais plus souple et plus bien veillant pour la politique qu'il voulait faire ".

Discours de Léo Lagrange, député socialiste, le 7 avril 1933

(1) Les écoliers portaient un uniforme et un ceinturon représentant les armes de la famille Schneider : deux canons enlacés par un S (Illustration page 307 du catalogue de l'exposition : Groupe d'élèves des écoles Schneider et page 328 Henri-Paul et Jean en uniforme des écoles Schneider)

En 1856, une pétition a lieu pour substituer le nom de "Schneiderville" à celui du Creusot

(2) Résidence de la famille Schneider , illustration d'un intérieur page 7 du catalogue de l'exposition.

(3) De 1840 à 1914 , tous les mandats électifs sont aux mains du chef de la famille Schneider. En 1931, élection de P.Faure, membre de la SFIO comme maire, puis député.

 

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Cité Saint-Eugène (1875)

Document Ecomusée du Creusot Montceau/ cliché Daniel Busseuil

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La grève, Jules Adler 1899

Document Ecomusée du Creusot Montceau/ cliché Daniel Busseuil

Défilé du 9 octobre 1899 en remerciement aux habitants de Montchanin qui ont soutenu les ouvriers du Creusot en grève générale du 31 mai au 2 juin 1899.