CAIVS


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       Le mieux que je puisse faire pour montrer comment j'utilise Caius et Caligula est de reproduire partiellement un message que j'ai envoyé à Caroline d'Atabekian après un mois de test.

       Moi aussi. Ma vision des choses a beaucoup changé cette année. J'ai écrit coup sur coup deux applications. L'une, très évoluée, m'a pris beaucoup de temps. C'est Tablettes. L'autre, très simple, a été achevée en deux semaines, c'est Caligula (non publiée encore). La première est un travail d'intello, qui essaie de faire aborder un texte latin avec une mentalité de grammairien. Mes élèves ont bien aimé, sans que je sente de véritables progrès chez eux. A priori, le latin devient plus agréable, plus abordable aussi. Mais Caligula m'a enfin montré l'attitude des élèves face à la difficulté d'apprendre. Il vaut la peine que je passe un moment à t'en parler.
       Caligula est doublé d'un programme-prof, Caius (évidemment), qui permet de fabriquer des fichiers d'exercices. C'est donc un exerciseur. Caius, à partir d'un texte, extrait les mots utilisés, et, en face de chacun, met une traduction. On pourrait en rester là, mais j'ai voulu donner au prof la possibilité d'éditer les traductions proposées. Ainsi, /fuit/ n'est plus "être", mais je le change en "[il, elle] fut". Graecarum : Grec devient Graecarum : des Grecques, etc.
       Caligula, une fois lancé, lit le fichier d'exercice, et demande à l'élève la traduction d'un mot pris au hasard dans le texte. La liste des 20, 30, 55 solutions est affichée sous la ligne de réponse, et à mesure que l'élève tape sa réponse, la liste diminue pour n'afficher que les solutions qui incluent le texte tapé par l'élève, qui peut alors choisir dans la liste la réponse qu'il considère comme la solution. Sont affichées en permanence : le nombre de mots appris et à apprendre, et la note provisoire sur 20. Un mot su est ôté de la liste des questions. Si la réponse est mauvaise, la solution est affichée, et la question sera reposée ultérieurement.
       Ce qui m'a frappé, c'est la différence des réactions des élèves. Alors qu'avec Tablettes, tous travaillaient presque de la même manière, avec Caligula, j'ai enfin vu d'où venaient les différences de réussites de nos petits élèves : les uns acceptent très vite de ne pas savoir un mot, tapent Entrée, lisent et apprennent la solution. Les autres essaient à tout prix de deviner, même en demandant au voisin, et perdent un temps précieux. Parmi ceux-ci, certains s'emportent contre l'ordinateur, contre le latin, contre eux-mêmes, et heureusement que je suis là pour leur montrer qu'ils ont tort, et que pour apprendre il est précieux de savoir qu'on ne sait pas, qu'il faut être patient et humble, qu'ils ont certainement en eux les possibilités intellectuelles de réussir... Il est très étonnant de voir comment les parcours sont différents. Certains ont besoin de refaire quatre ou cinq fois la liste, d'autres ont une bonne note dès la seconde fois ; certains avancent lentement en faisant un gros effort de mémorisation. D'autres prennent le parti d'accepter l'oubli d'un mot cinq ou six fois, et font défiler très vite les questions. Lorsqu'ils reviennent la semaine suivante, l'acquis à long terme est encore différent. C'est passionnant.
       Une fois le vocabulaire appris, je les mets devant le texte, et là, leur envie de comprendre le latin est extraordinaire ! La grammaire est acquise plus par l'effort de compréhension que par le raisonnement. Je me demande presque pourquoi j'ai écrit Tablettes.
       Ce que je veux dire, donc, c'est que l'évaluation, dans ces conditions, passe au second plan. Le but serait plutôt que chacun arrive à de bons résultats. Lorsque je note avec Caligula, une note remplace la précédente si elle est inférieure. La note, enfin, devient accessoire lorsque l'élève fait passer avant elle le plaisir d'apprendre et de réussir à lire du latin.

Yves Ouvrard, Angoulême, Décembre MM

Yves Ouvrard

Académie de Poitiers Courrier électronique : Latin Dernière mise à jour : 22/03/01