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  Peliae Crethei et Tyrus filio responsum erat ut Neptuno sacrum faceret, et si quis monocrepis, id est uno pede calciatus superuenisset, tum mortem eius appropinquare.
Il avait été répondu à Pélias fils de Cretheus et de Tyro qu'il fît un sacrifice à Neptune, et que si un monocrepis, c'est à dire un [individu] chaussé à un seul pied survenait, alors sa mort approchait.
Construction dissymétrique : ut + subj d'une part, et prop. inf. d'autre part. Aliquis devient quis après si, nisi, ne, num ; l'expression id est, sous la forme i. e., est souvent employée dans de nombreuses langues comme équivalent de notre c'est à dire.

Is cum annua sacra faceret Neptuno, Iason Aesonis filius, fratris Peliae, cupidus sacra faciendi, dum flumen Euhenum transiret calciamentum reliquit, quod ut celeriter ad sacra ueniret neglexit.
Comme il célébrait les sacrifices annuels à Neptune, Jason, fils d'Aeson et petit-fils de Pélias, désireux de participer aux sacrifices, perdit une chaussure pendant qu'il traversait l'Euhène, et négligea l'incident pour parvenir rapidement aux sacrifices.
fratris est apposé à Aesonis. Comment traduire sans lourdeur ? La traduction de sacra par sacrifice est sans doute trop précise. Il s'agissait vraisemblablement d'un ensemble de rites, de sacrifices et de processions, et la seconde occurrence de sacra facere a sans doute plus le sens de faire ses dévotions. Remarquer le gérondif au génitif faciendi. Des détails comme celui de la chaussure sont fréquents dans la mythologie (ainsi Psyché laisse tomber une goutte d'huile sur Eros endormi), et ils aident à donner aux mythes une apparence de réalité.

Id Pelias inspiciens, memor sortium praecepti iussit eum pellem arietis quam Phrixus Marti sacrauerat inauratam Colchis ab rege Aeeta hoste petere.
Pélias le remarqua, et se souvenant du conseil de l'oracle, il lui ordonna d'aller en Colchide prendre au roi Eétès la toison d'or que Phrixus avait consacrée à Mars.
Autre aspect de la mythologie : les prédictions des oracles se réalisent toujours, quelque effort que l'on fasse pour y échapper. Ainsi Oedipe tue son père malgré toutes les précautions de Laïos, et Eschyle, à qui on avait prédit qu'il serait tué par la chute d'une maison et qui vivait sub diuo, mourut en recevant sur son crâne chauve une tortue lâchée par un aigle qui voulait la brisait sur ce qu'il prenait pour une pierre.

Qui conuocatis Graeciae ducibus Colchos est profectus.
Alors Jason rassembla les chefs de la Grèce et partit en Colchide.
Début de la quête de la Toison d'or. Hygin fait œuvre de compilateur en ajoutant une precision sans doute lue à un autre endroit

{1IVNO.}1 13.1 Iuno cum ad flumen Euhenum in anum se conuertisset et staret ad hominum mentes tentandas, ut se flumen Euhenum transferrent, et id nemo uellet, Iason Aesonis et Alcimedes filius eam transtulit :
Junon, s'étant transformée en vieille femme et s'étant posté au bord de l'Euhène pour éprouver le bon esprit des gens, [leur demandait] de lui faire passer le fleuve. Personne n'acceptait, mais Jason, fils d'Aeson et d'Alcimède la fit passer.
La phrase est assez maladroite apparemment : reprise de flumen Euhenum et de transferre. La finale ut... transferrent est de construction assez lâche, mais claire en latin. Voisinage de deux constructions qui expriment le but : ad+nom+adj. verbal, et ut+subj.

ea autem irata Peliae quod sibi sacrum intermiserat facere, effecit ut Iason unam crepidam in limo relinqueret.
et comme elle était courroucée contre Pélias parce qu'il avait arrêté le sacrifice qu'il lui faisait, elle fit que Jason perdît une sandale dans le limon.
unam crepidam répond exactement au monocrepis du paragraphe précédent. unam reprend monos et crepidam reprend crepis.

Yves Ouvrard


Académie de Poitiers Courrier électronique : Latin Dernière mise à jour : 27/10/98