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Il ne faut pas expulser les étrangers

       Mais sous l'apparence de l'utilité, on commet très souvent des fautes en politique, comme lorsque nous détruisîmes Corinthe ; plus durement encore, les Athéniens décidèrent de couper les pouces à tous les Eginètes, dont la flotte était puissante. Cela leur a paru utile, car Egine était trop menaçante à cause de la proximité du Pirée. Mais rien de ce qui est cruel n'est utile ; la nature humaine, que nous devons suivre, est complètement ennemie de la cruauté. Ils ont tort, ceux qui interdisent leur pays aux étrangers et les en expulsent, comme Pennus du temps de nos ancêtres, et Papius récemment. Il est certes juste de ne pas permettre à celui qui ne l'est pas de se faire passer pour citoyen, et c'est la loi que proposèrent les très sages consuls Crassus et Scaevola. Mais interdire une ville aux étrangers est parfaitement inhumain.

Pistes d'étude

  1. Eviter le piège scisco/scio ;
  2. Explication de la mutilation des pouces : l'usage des rames et les manoeuvres navales deviennent impossibles ;
  3. Position modérée de Cicéron, qui plaide contre la cruauté, mais tient à la supériorité de la nationalité romaine ;
  4. L'argument durius etiam Athenienses sert à montrer que des non-barbares sont capables de fautes pires ;
  5. Relier Cicéron à la querelle nature/culture du XVIIIème siècle français : l'homme est-il naturellement malfaisant ? Cicéron est manifestement partisan d'une bonté naturelle ;
  6. Evidemment, rapprocher la condition des étrangers à Rome du problème moderne des sans-papiers. La position cicéronienne est rare de nos jours. La tendance à l'expulsion voisine sans doute plus facilement avec la reconnaissance de l'égalité devant la loi. Il n'y a guère que le refus du droit de vote aux étrangers qui rappelle le droit romain.

Yves Ouvrard


Académie de Poitiers Courrier électronique : Latin Dernière mise à jour : 13/11/99