Un prodige qui renforce le
pouvoir des augures
[texte] [Retour au sommaire]
Si on donne ce texte à des élèves qui n'ont pas atteint la troisième, mieux vaut
l'assortir de sa traduction, et les faire travailler sur la morphologie et sur la fonction
des cas ; d'autres exercices partiels pourront être demandés. Les élèves plus âgés
peuvent traduire si on les aide, mais le principal intérêt du texte est le commentaire
qu'on en fera.
Pistes d'étude :
- Grouper ce texte avec Le temple de Mater Matuta sauvé par un
prodige : on voit l'une des fonctions principales du prodigium : restaurer le
respect religieux. Il est intéressant de constater que miraculum, « objet
d'étonnement », prend déjà un sens religieux, exactement comme le mot français miracle.
- Etudier les détails du rite de la prise d'augure : capite uelato, comme dans
toute cérémonie : un pan de la toge est relevé pour couvrir la tête. On dit aussi Gabino
cinctu (Liv, V, 46) ; l'augure observe le vol des oiseaux par rapport à son
bâton, comme le fit Romulus, mais il est sans doute aussi haruspice, sinon à quoi
serviraient, si près d'Attus, ce rasoir et la pierre qui l'aiguise ? On peut illustrer le
tout par des photos de bas-reliefs montrant des cérémonies.
- langue : emploi de l'infinitif, de narration ou comme noyau d'une proposition ;
remarquer le futur discissurum [esse]. A mettre bien sûr en face des
règles françaises de la concordance des temps.
- Le Forum Romanum : en montrer un plan, la partie orientale a pris le nom de comitium.
On peut donc tenter de situer le lieu même du miracle, ce qui ne manque pas d'intensité
émotive !
id quia inaugurato Romulus fecerat, negare Attus Nauius, inclitus ea tempestate
augur, neque mutari neque nouum constitui nisi aues addixissent posse.
Parce que Romulus avait fait cela après avoir pris les augures, Attus Navius, augure
célèbre à l'époque, dit que rien ne pouvait être changé, ni créé si les oiseaux
n'y avaient été favorables.
ex eo ira regi mota ; eludensque artem ut ferunt, 'age dum' inquit, 'diuine tu,
inaugura fierine possit quod nunc ego mente concipio.'
Ce qui provoqua la colère du roi ; et, rapporte-t-on, se moquant de son art, il dit à
l'augure : « Allons, toi, le devin, prends les augures pour savoir si ce que moi-même
j'imagine en ce moment dans mon esprit peut se réaliser. »
cum ille augurio rem expertus profecto futuram dixisset, 'atqui hoc animo
agitaui' inquit, 'te nouacula cotem discissurum.
Comme, après avoir vérifié la chose en prenant les augures, Attus lui avait garanti
qu'elle se produirait, il lui dit : « Eh bien j'ai eu en tête que tu fendrais ta pierre
à aiguiser avec ton rasoir.
cape haec et perage quod aues tuae fieri posse portendunt.'
prends-les et accomplis ce que tes oiseaux prédisent pouvoir arriver.
tum illum haud cunctanter discidisse cotem ferunt.
On raconte que sans aucune hésitation, il fendit alors sa pierre.
statua Atti capite uelato, quo in loco res acta est in comitio in gradibus ipsis
ad laeuam curiae fuit ; cotem quoque eodem loco sitam fuisse memorant ut esset ad posteros
miraculi eius monumentum.
La statue d'Attus, tête couverte, fut [autrefois] à gauche de la curie, dans le
Comitium, sur les degrés même, à l'endroit précis où la chose s'est passée ; la
mémoire [collective] dit que la pierre resta au même endroit, pour rappeler ce miracle
aux descendants.
auguriis certe sacerdotioque augurum tantus honos accessit ut nihil belli domique
postea nisi auspicato gereretur, concilia populi, exercitus uocati, summa rerum, ubi aues
non admisissent, dirimerentur.
La considération pour les augures, bien sûr, et pour leur sacerdoce, en fut si
renforcée que désormais, rien ne se fit à Rome ou à la guerre sans prendre les augures
; les assemblées du peuples, les mobilisations, les décisions importantes étaient
interrompues lorsque les oiseaux ne les avaient pas admises.

Yves Ouvrard
|