Martial, Epigrammes du premier livre

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IX
Bellus homo et magnus vis idem, Cotta, videri :
Sed qui bellus homo est, Cotta, pusillus homo est.

Tu veux passer à la fois, Cotta pour un homme du monde et pour un homme important :
Mais un homme du monde, Cotta, est un homme petit.
Bellus peut avoir aussi le sens de joli, et a donné le français beau. Incompatibilité entre la grandeur du personnage politique et la frivolité du beau parleur.

X
Petit Gemellus nuptias Maronillae
Et cupit et instat et precatur et donat.
Adeone pulchra est? immo foedius nil est.
Quid ergo in illa petitur et placet? Tussit.
Gémellus demande Maronille en mariage
et il désire, et il presse, et il prie, et il offre [des présents].
Est-elle si belle ? Mais non, rien n'est plus laid.
Qu'est-ce donc qu'il recherche et qui lui plaît en elle ? La toux.
Belle composition. Répétition de et pour accumuler les verbes ; la chute est réduite à deux syllabes. Maronille tousse, risque de décéder en laissant ses richesse à son mari. La hâte de Gémellus peut s'expliquer pas sa crainte que M. ne meure avant le mariage. Les captateurs d'héritages étaient fort nombreux à Rome.

XXXIII
Amissum non flet cum sola est Gellia patrem,
Si quis adest, iussae prosiliunt lacrimae.
Non luget quisquis laudari, Gellia, quaerit,
Ille dolet vere, qui sine teste dolet.

Gellia a perdu son père, et ne le pleure pas quand elle est seule.
Voici quelqu'un : des larmes de commande jaillissent.
On ne pleure pas pour être admiré, Gellia ;
La vraie douleur, c'est la douleur sans témoin.
On ne peut s'empêcher de penser à la célèbre phrase : non bene olet qui semper bene olet, dans Martial, mais aussi dans Pétrone. Paronomase ?

XXXVIII Quem recitas meus est, o Fidentine, libellus :
Sed male cum recitas, incipit esse tuus.
Le livre que tu récites est le mien, Fidentinus :
Mais comme tu récites mal, il devient presque le tien.
Reflet d'une époque où la propriété intellectuelle n'est défendue que par la plume du propriétaire. Importance de la parole : le livre est écrit pour être dit. Les recitationes publiques ou privées sont très fréquentes à Rome. cf. plinius7.htm

XCVII Cum clamant omnes, loqueris tunc, Naevole, tantum,
Et te patronum causidicumque putas.
Hac ratione potest nemo non esse disertus.
Ecce, tacent omnes : Naevole, dic aliquid.
Tu ne parles, Névolus, que quand tout le monde crie,
et tu te prends pour un avocat et un défenseur de causes.
A ce compte-là, chacun peut être éloquent.
Tiens ! tout le monde se tait : Névolus, dis quelque chose !
Belle observation. Parallèle clamant omnes / tacent omnes. La chute est ici aussi très brève.

CX Scribere me quereris, Velox, epigrammata longa.
Ipse nihil scribis: tu breviora facis.

Tu te plains, Velox, que mes épigrammes sont longues.
Toi-même n'écris rien : tu en fais de plus brèves.
Velox est un nom bien choisi ! Cette épigramme, bien sûr, est très brève. Martial prouve qu'il peut écrire court. Le deuxième vers, qui représente la réponse, est d'ailleurs bien plus court que le premier, qui représente la plainte.

CXII Cum te non nossem, dominum regemque vocabam:
Nunc bene te novi: iam mihi Priscus eris.
Avant de te connaître, je t'appelais seigneur et roi ;
Maintenant, je te connais bien : désormais, pour moi, tu seras Priscus.
Peut-être jeu de mots : Priscus, qui signifie : antique, des premiers temps, a aussi le sens de : qui n’existe plus, suranné.

Yves Ouvrard


Académie de Poitiers Courrier électronique : Latin Dernière mise à jour : 27/10/98