L'amour au cirque

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     Le Cirque, qui peut contenir tant de peuple offre de nombreuses commodités. Pas besoin des doigts pour dire tes secrets, et on ne devra pas te répondre par signes. Personne ne t'en empêche : assieds-toi tout près de celle que tu adores, touche son flanc avec ton flanc, autant que tu peux ; et la ligne qui sépare chacun vous force bien, même si elle ne le veut pas, à vous toucher. Alors, tu chercheras un sujet de conversation qui puisse t'aider : que des mots ordinaires fassent naître tes premières paroles. Dépêche-toi de lui demander sur un ton empressé à qui sont ces chevaux qui viennent. Et sans retard, qui qu'il soit, sois partisan de celui dont elle est partisane. Lorsque la longue procession passera avec ses dieux d'ivoire, toi, d'une main chaleureuse, applaudis Vénus, ta maîtresse. S'il arrive qu'un grain de poussière tombe sur le sein de la jeune fille, tu dois l'épousseter avec tes doigts, et s'il n'y a aucune poussière, chasse quand même l'aucune poussière. Que tout prétexte soit bon à offrir tes services. Si son manteau trop long traîne à terre, ramasse-le, et plein d'ardeur enlève-le du sol malpropre. Aussitôt, récompense de ce service, si la jeune fille le permet, ses jambes se laisseront voir à tes yeux.

Pistes d'étude :

  1. Ce passage fait partie d'une énumération de tous les lieux où on peut à Rome rencontrer une jeune fille. Cette revue prend au début un aspect très technique : Ovide nous donne les avantages de l'endroit.
  2. Le ton : il ne peut être entièrement sérieux. Plus proche du badinage. L'amoureux que nous peint Ovide manque un peu de discrétion. Peut-être n'est-ce qu'un jeu pour les deux jeunes gens.
  3. L'érotisme : rien de vulgaire, les sensations sont recherchées plus que la crudité.
  4. L'hypocrisie élevée au rang de qualité. Y a-t-il un rapprochement à faire entre la lutte sans merci que se livrent les chars, dans une course où tous les coups sont permis, et l'opportunisme de l'amoureux qui adopte sans scrupule le même favori que la belle ?
  5. La ruse du manteau : sans doute le jeune homme ramasse-t-il plus que le manteau, et entraîne-t-il avec la longue tunique de la jeune Romaine. Occasion pour nous d'étudier le vêtement féminin, qui couvre entièrement les jambes. Autre recherche : cette jeune fille est-elle seule ? Non, elle est sans doute accompagnée de sa mère, d'une tante, ou d'une nourrice.
  6. La pompa dont parle Ovide est le début obligatoire de chaque spectacle. Les spectateurs doivent se lever pour l'applaudir. Elle est une trace de l'origine religieuse des jeux.

Yves Ouvrard


Académie de Poitiers Courrier électronique : Latin Dernière mise à jour : 27/10/98