La lecture à haute voix

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    Pistes d'étude :
  1.     Quels sont les objectifs de Quintilien ? Un premier parfaitement avoué : dire au maître comment enseigner la lecture ; le second, implicite, donner au maître lui-même une leçon de lecture, et le prévenir contre les excès du temps.
  2.     Lecture et chant : Pour se faire une idée de ce qu'était il n'y a pas longtemps encore l'art de la déclamation, il faut pouvoir écouter un des discours enregistrés de Malraux, et se dire qu'à l'époque, il n'était pas une exception. Ce n'est que récemment, avec la généralisation de l'amplification électronique, que le ton de l'orateur est devenu à peu près semblable à celui de la parole ordinaire. Aussitôt, toute intonation modulée est devenue ridicule. Quintilien le dit explicitement : la lecture est chant.
  3.     L'éloquence dans l'antiquité : La référence à César montre à quel point éloquence et réussite sont liées dans l'antiquité. César était réellement connu pour la qualité de son art oratoire. Plusieurs de ses harangues sont insérées dans le Bellum Gallicum.
  4.     Les femmes : Les termes uirilis, plasmate, effeminata ne sont pas les indices d'un sexisme propre à Quintilien ; il était alors ambiant.
  5.     Etude d'une figure de style : La prosopopée, qui consiste à donner imaginairement la parole à un autre. ( id est fictae alienarum personarum orationes). Elle doit bien sûr être indiquée par la diction, un peu comme les a parte de notre théâtre.
    Reste la lecture : [pendant laquelle] pour que l'enfant sache où il doit suspendre son souffle, où il doit séparer les vers, où se clôt le sens, où il commence, quand il faut hausser ou baisser la voix, et aussi pour l'intonation, quand il faut parler plus lentement ou plus vite, sur un ton plus animé ou plus doux, on ne peut le montrer, sinon par la pratique même.
    Il n'y a donc qu'un conseil que je donnerai, pour qu'il puisse faire tout cela : comprendre. Que la lecture soit avant tout mâle, et empreinte d'une certaine religiosité sérieuse, sûrement pas semblable à de la prose, parce qu'elle est chant, et que les poètes attestent qu'ils chantent, mais pas cependant perdue dans la chanson, pas non plus une mélodie efféminée, comme font la plupart maintenant. De cette mode, j'ai appris que C. César, encore jeune homme, avait dit :
    'Si tu chantes, tu chantes mal ; si tu lis, [tu ne lis pas,] tu chantes'. Et je ne voudrais pas que les prosopopées fussent dites, comme il plaît à certains, d'une manière théâtrale, mais qu'il y eût quand même une certaine inflexion qui la distinguât des passages où le poète s'exprime en son propre nom.

Yves Ouvrard


Académie de Poitiers Courrier électronique : Latin Dernière mise à jour : 27/10/98