Apprendre à lire et à écrire (2)

[texte] [Retour au sommaire]

  1. Recherche documentaire sur le matériel à écrire, principalement les tablettes, et sur le champ lexical de cette activité : cera, stilus, tabellae, pugillares, exarare, etc.
  2. On pourra dans ce second texte poursuivre le travail commencé avec le premier. S'ajoute le mot stilus pour désigner l'utilisation du stylet, et donc l'acte d'écrire. On peut suivre l'évolution sémantique du mot, qui signifie déjà chez les latins style au sens moderne.
  3. Etudier en détail la personnalité de Quintilien : esprit méthodique et soigneux ; tendresse pour l'enfant qu'est le jeune élève ; recherche de l'autonomie matérielle, etc.
  4. Réflexions sur l'évolution de l'écrit : peu développé au début, occupe ensuite une place envahissante, puis recule sensiblement devant la civilisation de l'image.

    Mais quand il aura commencé de suivre les tracés des lettres, il ne sera pas inutile qu'ils soient gravés le mieux possible sur une tablette, afin que son style soit conduit par eux comme par des sillons. Ainsi, il ne se trompera pas comme s'il traçait dans la cire (il sera contenu de chaque côté par les bordures, et ne pourra sortir hors de ce qui aura été tracé d'avance) et en suivant ces traces sûres, il aura plus vite et plus souvent les doigts sûrs, et n'aura pas besoin du secours de la main du maître posée sur sa main. Bien que ce soit d'ordinaire presque négligé par les gens de bonne famille, ce n'est pas à autrui de s'occuper d'écrire vite et bien : C'est essentiel pour les études, et ne s'y prépare vraiment que celui qui part du sol qu'est l'écriture personnelle, et y plonge de profondes racines. Une écriture trop lente retarde la réflexion, et on a du mal à comprendre une écriture rudimentaire et désordonnée : il s'ensuit donc qu'il faut dicter à quelqu'un d'autre ce qu'on veut transcrire. C'est pourquoi toujours et partout, et surtout pour les lettres secrètes et intimes, on se réjouira ne pas avoir négligé cela.
    Des lettres en os dans le texte précédent, maintenant des tablettes gravées. On voit que Quintilien s'est même intéressé à l'équipement du jeune élève. L'archéologie en a-t-elle retrouvé des traces ?
    La civilisation romaine est donc restée une civilisation de la parole. L'écriture est encore malaisée et peu répandue. Tous les pères du sénat sont des orateurs et lisent leurs discours avec beaucoup d'aisance et de virtuosité, mais beaucoup dictent leurs discours faute de pouvoir les noter avec suffisamment de fluidité ! En revanche, ils soignent jalousement leur diction. La métrique est primordiale, même en prose.
    L'argument de Quintilien vaut la peine d'être apprécié tant il diffère de ce qu'on dit aujourd'hui : nous devons apprendre à écrire pour que nos messages restent confidentiels. Un secrétaire risque un jour ou l'autre de nous trahir.

Yves Ouvrard


Académie de Poitiers Courrier électronique : Latin Dernière mise à jour : 27/10/98