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Tablettes, mode d'emploi
Notice technique - Bilan et réflexions après un trimestre d'utilisation

  1. Tablettes : présentation
           J'ai commencé le développement de Tablettes sans idée très précise du rôle que je lui demanderais. Ce travail était plutôt de la récupération, puisque la plus grosse partie du programme est un réemploi de module d'analyse de Collatinus. A tel point que lorsque je perfectionne celui-ci, je recompile bientôt celui-là pour qu'il profite de ces améliorations. Je l'ai donc montré à mes élèves, qui ont commencé à en jouer, en promenant le curseur sur les mots, et essayant, par intuition, de comprendre le latin. Ils ont bientôt voulu consigner le résultat de leur réflexion, et je leur ouvrais un bloc-notes, le célèbre NotePad de Windows, que je redimensionnais pour qu'il s'affichât juste sous la fenêtre de Tablettes.
         Cette année, je me suis décidé à perfectionner Tablettes, et depuis un trimestre, il est devenu notre favori. Devant ce succès, je me permets, dans ce mode d'emploi, de donner une description précise son installation et de vous faire part de ma propre pratique et des réflexions qu'elle m'inspire.
  2. Scénario (résumé)
    1. préparer la séance : le professeur choisit un texte, crée sur le serveur un répertoire ad hoc, et configure Tablettes pour la séance ;
    2. déroulement de la séance : les élèves lancent Tablettes, et enregistrent leur travail ; le professeur récupère les copies ;
    3. corriger et exploiter : Le professeur annote chaque copie, écrit des conseils, ajoute éventuellement un corrigé, et exploite les résultats.
  3. Mode d'emploi détaillé
    1. Préparer la séance : C'est sans doute la phase la plus technique du projet. Je vais essayer d'être très précis.
      1.  Il est indispensable, pour rationnaliser le travail au maximum, de disposer d'une salle informatique en réseau. Tablettes peut être installé n'importe où dans l'arborescence du serveur, pourvu que le professeur ait sur ce répertoire des droits d'écriture et d'édition, et les élèves le droit d'exécution. Il doit demander au gestionnaire du réseau de décompacter dans ce répertoire tous les fichiers du paquetage Tablettes.exe, et de lui apprendre à utiliser un éditeur de textes pour créer un petit fichier qu'on nommera Tablettes.ini. Le contenu de ce fichier sera expliqué plus bas. Dans le même répertoire, doit absolument être copié le fichier collatinus.lex, présent sur ce site. Une solution rationnelle pour les utilisateurs de Collatinus est d'utiliser le même répertoire pour les deux applications, qui partagent ainsi le même lexique et profitent aussitôt de ses améliorations.
      2. Avant de laisser repartir le gestionnaire vers la multiplicité et l'urgence de ses tâches, il faut exiger de lui qu'il établisse sur le bureau de chaque station de la salle un raccourci qui pointe sur Tablettes.exe. Une meilleure solution serait d'utiliser, sous Novell, le lanceur d'applications, qui fait la chose automatiquement, sans qu'on soit obligé de passer sur chaque machine. Ne vous souciez pas de ces complications, répétez exactement ce que je viens d'écrire, ou montrez le au gestionnaire. Attention, ne le laissez pas repartir, ce n'est pas tout.
      3. Autre condition : le professeur et les élèves de latin disposeront d'un autre répertoire où ils auront les droits de lecture et d'écriture. Le professeur notera soigneusement le chemin de ce répertoire. Je prends ici comme exemple
                     F:\eleves\latin\exx\
                     Dans cet exemple, la lettre F est ce qu'on appelle un mapping : elle représente de manière commode une partie du serveur appelée volume. Il se peut que dans votre établissement ce soit G, ou H, ou une autre lettre. Vous pouvez laisser repartir le gestionnaire.
      4. L'étape suivante consiste à trouver un texte latin, ou un ensemble de phrases adapté au niveau des élèves. Il ne m'appartient pas de donner des conseils sur le niveau de difficulté. Disons que comme Tablettes élimine d'emblée toute difficulté lexicale et morphologique, le choix portera de préférence sur des points de syntaxe. Par exemple, la traduction de l'accusatif, ou d'un autre cas ; la proposition infinitive ; l'ablatif absolu ; les emplois du subjonctif... Il ne faut pas non plus négliger l'intérêt de la lecture, de la découverte du récit, et du sens en général.
      5. Une fois le texte trouvé, il faut en faire un fichier en texte pur (on dit aussi ascii), et lui donner le suffixe .txt, ce qui est fait automatiquement par la plupart des éditeurs de texte. Je prends comme exemple le fichier caesar.txt
      6. On crée alors un répertoire spécial dans F:\eleves\latin\exx. Supposons que ce répertoire s'appelle caesar. Si on y place le fichier caesar.txt, le chemin complet de ce fichier sera donc F:\eleves\latin\exx\caesar\caesar.txt, et il sera placé dans le répertoire F:\eleves\latin\exx\caesar. Notez bien ces deux indications. Le but est que tout élève latiniste, même le moins doué en informatique, puisse se retrouver le plus facilement possible devant le texte latin, et qu'il puisse sans difficulté enregistrer son travail au bon endroit.
      7. On lance un éditeur de texte. Le plus courant est NotePad ; il en est d'autres plus évolués ou plus ergonomiques. On y charge le fichier Tablettes.ini, qui doit se trouver dans le même répertoire que Tablettes.exe. Si ce fichier n'existe pas encore, il suffit de saisir directement ces deux lignes. S'il existe, il faut le modifier.
                 [Sauvegarde] repertoire=F:\eleves\latin\exx\caesar
                 [Fichier] nom=F:\eleves\latin\exx\caesar\caesar.txt
        Ces noms, bien sûr, changeront en fonction de votre serveur et de votre texte. La partie de la ligne à gauche du signe = inclusivement, doit rester la même.
      8. Enregistrer le fichier. S'il n'existe pas, le nommer Tablettes.ini Si tout s'est bien passé, Le jeune latiniste, au lancement, devrait pouvoir commencer très facilement son travail en cliquant sur le raccourci évoqué en b.
      9. Le lexique compte actuellement 5449 entrées, mais les utilisateurs avertis de Collatinus pourront éventuellement le compléter afin que toutes les analyses affichées soient complètes et exactes. Mais ceci est une autre histoire.

    2. Déroulement de la séance.
             Ce qui suit est le résultat d'une expérimentation menée dans deux de mes classes au Collège de la Grande Garenne, à Angoulême, au cours des mois de mars, avril et début mai 2000. J'ai appliqué sensiblement la même méthode avec une classe de cinquième et une classe de quatrième. Dans chacune des deux classes, le niveau de connaissance en français est très hétérogène.
             Je fais toujours asseoir mes élèves autour d'une table avant de commencer, afin de leur donner quelques consignes indispensables. Ils s'habituent très vite au logiciel, et ce prélude devient vite une introduction au texte plus qu'une présentation du logiciel et de son utilisation. Je leur présente l'auteur, le sujet, les principales difficultés qu'ils devront surmonter. S'ils sont attentifs à leurs notes, je précise la manière dont ils seront notés. Si le plaisir du latin rend les notes superflues, je n'insiste pas. Chacun va ensuite s'asseoir devant sa station.
      • Lancement de Tablettes : L'élève clique sur le raccourci évoqué en 1.b et 1.h
      • Une petite fenêtre apparaît, qui lui demande son nom. Le prénom suffit, et pour éviter d'éventuels problèmes de serveur, je conseille les minuscules non accentuées, et demande de ne pas dépasser huit lettres.
      • L'élève valide. Le texte latin apparaît. Si le texte est nouveau, l'élève devra afficher le bloc-notes (Ctrl-B ou Editons/Bloc-notes). S'il a déjà travaillé sur le texte, le bloc notes est visible, il affiche le travail de la dernière session, et l'élève peut immédiatement poursuivre son travail.
      • La tâche demandée à l'élève consiste la plupart du temps à écrire dans le bloc-notes la traduction du texte, mais je l'utilise aussi pour d'autres fins : relever les sujets d'une liste de verbes ; relever tous les noms au nominatif ou à un autre cas ; relever les verbes au subjonctif, et les classer suivant leur emploi...
      • Lorsqu'on place le curseur de la souris sur un mot, l'application affiche immédiatement dans une bulle le sens du mot en français, et toutes ses morphologies possibles. Si plusieurs entrées peuvent donner cette forme, toutes les entrées sont affichées, chacune avec les morphologies possibles.
      • Les élèves sont toujours très motivés par l'enjeu, et arrivent vite à trouver une autonomie suffisante. En cas de difficulté, le professeur est disponible pour poser les questions essentielles : regarde à quel cas est ce mot ; quelles fonctions peut-il donc occuper ? Comment fait-on d'habitude pour traduire ce cas ? J'aime beaucoup, lorsque l'élève ne sait pas répondre, poser la question à la cantonade. La réponse ne tarde pas à venir, et comme les questions fondamentales sont finalement assez peu nombreuses, la classe a vite acquis les principaux réflexes : attendre d'avoir écrit le verbe avant d'écrire le COD, de manière à ne pas le transformer en sujet ; se méfier de l'ordre latin, et comprendre sa signification stylistique plus que syntaxique ; être attentif à la personne et au temps des verbes.
      • L'élève doit apprendre à enregistrer fréquemment son bloc-notes (Ctrl-S ou Fichier/enregistrer bloc-notes). C'est un geste automatique chez tout utilisateur d'ordinateur, qui évite de perdre son travail en cas d'incident. Le professeur, les premières séances, rappelle donc ce principe à chaque élève.
    3. Correction et exploitation
             
      Après un dernier enregistrement et le départ des élèves, le professeur copie le répertoire F:\eleves\latin\exx\caesar\caesar.txt sur une disquette, ou s'il n'est pas équipé, travaille directement sur le serveur. Ce répertoire contient le texte et le contenu des blocs-notes de chaque élève. Il peut ouvrir chaque fichier et corriger directement son contenu. Tout traitement de texte est capable de charger les fichiers texte. Personnellement, je corrige et annote les travaux en utilisant des signes particuliers ou une typographie qui permettent de distinguer facilement ce qui vient de l'élève et ce qui vient du professeur. Chacun peut choisir le style de correction qu'il préfère, et l'exploiter en classe comme il l'entend. On peut par exemple, avec l'accord des élèves, copier sur une seule feuille l'ensemble des traductions afin de les comparer et les exploiter dans une séance traditionnelle ; on peut imprimer séparément les copies et les remettre aux élèves à la manière d'un contrôle conventionnel. Il est facile de copier-coller un corrigé sur chaque feuille. Bref, il ne faut pas hésiter à utiliser toutes les facilités que nous offre l'informatique.
  4. Conclusion
           L'utilisation intensive de Tablettes pendant trois mois m'a permis de bien avancer dans la connaissance du jeune latiniste moyen. J'étais bien sûr habitué aux T.P. sur papier, mais ce qui est nouveau maintenant, c'est qu'on peut aborder le problème par ses deux extrémités. D'une part on peut continuer à travailler le décodage des morphologies, travail de patience qui décourage souvent hélas les latinistes, mais surtout on peut accessoirement les libérer magiquement de ce qui était naguère un prérequis, c'est à dire leur donner directement l'analyse morphologique de tous les mots d'un texte. J'ai pu ainsi confirmer que l'apprentissage systématique et borné des déclinaisons était un leurre parfait pour les enseignants et leurs élèves : Considéré isolément, il donne l'impression d'avancer dans la connaissance de la langue. Mais s'il ne reste qu'une fin en soi, s'il n'est pas accompagné d'un réel apprentissage de la fonction de la déclinaison en latin, le résultat en est dérisoire. Inversement, faire réfléchir un élève de cinquième sur une phrase brève en lui donnant immédiatement les cas, les personnes et les temps est d'un grand intérêt. J'ai d'abord constaté que les notions de personne et de temps sont souvent ignorées des élèves. En ciquième, ils sont souvent prêts à traduire lego, legis et legit de la même manière. Même remarque pour les temps : l'indication présent ou parfait n'éveille pas en eux l'idée de traduire par un présent ou un passé simple. Et je ne parle que des verbes ! Il n'y a donc pas de raison qu'un élève qui a passé des heures à apprendre mécaniquement l'indicatif de lego réagisse autrement. Seulement le gâchis et sa déception seront d'autant plus grands. Ils ne sont pas tous aussi gênés, évidemment ! Mais, passant de station en station, je puis ainsi pratiquer une véritable pédagogie différenciée, et aider un élève qui fait du latin pour compenser sa mauvaise réussite en français, lui apprendre ce qu'est un attribut, où est placé un sujet en français. Mon idée est de dire à mes cinquièmes que Tablettes n'est qu'une bouée pour apprendre à nager, et que ce programme, si précieux pour eux, n'est qu'une entrave pour un vieux latiniste comme moi. Et que bientôt, si je juge qu'ils en sont dignes, je leur permettrai d'apprendre la troisième déclinaison !

    Yves Ouvrard


Académie de Poitiers Courrier électronique : Latin Dernière mise à jour : 6/05/2000